INTRODUCTION. IX
mes côtés, s'éveilier, décemment belle, ma jeune épouse, sans souci de savoir par quelle porte m'évader. Le visage brillant de réclat du lis et de la rose, mon petit Cai*los me ravissait lame par' son gracieux babil sur chaque rien. Le moindre enfantillage bégayé par cette demi-parole me paraissait un oracle, et nous nous disputions, sa mère et moi, les lèvres qui l'avaient prononcé. Charmé de telles matinées succédant à des jours si sombres, je déplorai maintes fois mes égarements. Je me retirais ensuite pour écrire ou consulter mes livres. — On m'appelait aux heures des repas, et je répondais souvent avec humeur qu'on me laissât tranquille, tant l'étude est puissante, tant elle peut nous attirer fortement ! Mais alors, tout perles et tout fleurs, mon petit Carlos accourait pour m'enlever. M'illuminant de ses regards et me pressant dans ses bras, il m'entraînait par la main, et mon àme enchantée le suivait jusqu'au siège où il m'établissait à côté de sa mère K »
Les traits de ce tableau que nous venons de citer méritaient d'autant plus de l'être, qu'ils offrent une naïveté et une simplicité touchantes, qui allaient devenir de plus en plus rares dans la poésie espagnole.
Si la gloire littéraire, les plus éclatants succès dans le monde, la richesse, la renommée, pouvaient sufQre à fermer les plaies de l'àme, Lope aurait dû être heureux. Mais sa félicite tenait à quatre existences fragiles que le moindre choc pouvait briser, et une puissance ennemie semblait conspirer contre son bonheur, en lui arrachant successivement les objets de ses plus chères affections. Carlos, le fils tant aimé, l'objet d(i tant d'espérances, celui qu'il ne nommait jamais que le Carlos de ses yeuXj mourut à l'âge de six ans*. Doîîa Juana, sa femme, ac-