INTRODUCTION. VU
de l'Invincible Armada son Uermosvra de Angelica, pocme épique en vingt chants, qui avait pour sujet la suite des aventures de l'Angélique de l'Arioste. De retour à Cadix avec les débris de la fameuse flotte, il recommença encore pendant quelque temps la vie errante de Texil, recueillant chemin faisant, comme Cervantes, des imagos, des impressions et des tableaux. Du reste, cette vie ne lui déplaisait pas trop, si Ton en juge par ce qu'il en dit. Il y avait encore à cette époque, dans le caractère espagnol, des restes prononcés de ce goût d'entreprises et d'aventures, contracté dans des guerres et des conquêtes lointaines. Ce temps de courses et de voyages fut pour le génie de Lope comme une époque de retraite, pendant laquelle il se prépara à la mission poétique qu'il devait accomplir.
Rentré à Madrid vers loiiO, Lope fut obligé de recommencer la vie insipide de secrétaire de grand seigneur. Il fut attaché d'abord au marquis de Malpica, ensuite an jeune marquis de Sarria, depuis comte de Lemos, le même qui fut plus tard le patron de Cervantes, et contracta vers cette époque un deuxième mariage avec dona Juana Guardia, sage et discrète personne, dont il eut successivement deux fils et une fille. Encore plus heureux dans cette union qu'il n'avait été dans la première, Lope a fait plus d'une fois allusion à cette époque de bonheur, qu'il oppose volontiers aux mauvais jours de sa vie :
« Je vis ma table modeste entourée, enrichie d'êtres, portions de moi-même, doux et amers ruisseaux de la mer du mariage; et je les vis, payant au trépas le tribut fatal, changer mes joies en tristesse et en deuil. »
C'est à ce moment qu'il donna carrière à sa passion dominante pour le théâtre, qui d'ailleurs était alors la branche la plus lucrative de la littérature. La ville de Madrid ayant mis au concours le panégyrique de son patron , saint Isidore laboureur, Lope remporta le prix. Il dut à cette circonstance le comraencement de la popularité qui le suivit au théâtre. « La pauvreté et moi, dit-il plaisamment quelque part, nous formâmes une société pour faire le commerce des vers ; nous nous mîmes à publier des comédies d'un meilleur goût, nous les retirâmes du bourbier où elles étaient plongées; et j'ai formé plus de poètes que l'air ne contient d'atomes imperceptibles. »