‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 102 sur 226 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Appartement dans la maison d'Henri.

ISABELLE, BÉLARD.

ISABELLE. — Enfin, je n'aurai pas la messe.

BÉLARD. — Le chapelain est malade.

ISABELLE. — Don Juau a-t-il pris sa leçon?

BÉLABD. — Il commence à épeler; il saura bientôt lire.

ISABELLE. — Je suis inquiète; il est bien tard, et le comte n*est pas venu dîner : Dieu le garde!

BÉLARD. — Le marquis Fabius est venu le demander.

ISABELLE. — Au nom du roi?

BÉLARD. — Oui, madame.

ISABELLE. — Était-il accompagné?

BÉLARD. — Non, madame, il était seul; soyez sans inquiétude.

ISABELLE. — Jamais jusqu'ici son absence ne m'en a causé de pareille. Je n'ai pu dormir de la nuit, l'esprit troublé de mille visions. Je rêvais d'une tourterelle en son nid avec trois petits. Tout k coup un chasseur cruel tire une flèche de son carquois, et chasse du nid la pauvre mère. Dieu! quel effroi! Je me lève, je veux embrasser ma Laurence, et, sans savoir comment, elle m'échappe et tombe. Pour aller entendre la messe, j'ai fait habiller mon petit don Juan, et j'ai eu beau me presser, c'est le chapelain qui ne vient pas. — Et mon mari qui ne paraît point... lui toujours si exact à cette heure.

BÉLARD. — Mes étrennes ! Le voilà qui vient vous embrasser.

ISABELLE. — Mon doux seigneur, mon bien, mon Henri, comment mon âme vous exprimera-t-elle autrement que par des larmes qu'elle éprouve plus de joie à vous voir aujourd'hui qu'en d'autres jours?

HENRI. — Modérez cette joie, mon amour; voyez, je ne »uis pas seul.

170 AMOUR BT HONNEUR. ^

I9ABBLLE}. ^^Pardoii, marquis^ c'e»t l'amour d'une épouse.

FABIUS. — Il est bien légitime, madame.

ISABELLE» — Ètes-vous dcs nôtres? J'en serais bien charmée.

FABIUS. — Je vous suis assez attaché pour oser espérer d'avoir quelque part dans vos affections.

ISABELLE. — J'étais si occupée de mon époux, que je ne vous ai pas aperçu.

FABIUS. — Je l'ai bien vu, madame, et vous êtes tout excusée.

ISABELLE. — Comte, âme de ma vie et raison de mon être, d'où veneat-vous? Comment étes-vous? M' aimez-vous toujours?

HBifRii '^ Chère amie^ j'aime l'expression de votre joie; ne vous abusez pas cependant : telle lettre dont on lit l'adresse aveo plaisir contient des nouvelles funestes^ £t puisqu'il faut que ces nouvelles vous parviennent aujourd'hui, retire-toi, Bélard, et que cette porte reste fermée.

(SortBélard.)

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