‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 104 sur 226 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Une salle du palais.

LE ROI, DYOïNISE.

DYONISE. — C'est une atroce cruauté 1 Jamais, pour ma part, je n'aurais consenti à la mort d'Isabelle.

LE ROI. — Puisque la chasteté innocente a payé pour ta coupable faiblesse, tes torts sont devenus les miens. Juge de ce que tu as fait par ce que tu m'as forcé de faire : il a fallu en appeler à la raison d'État.

DYONISE. — La raison n'a que faire en tout cela.

LE ROI. — De cette manière, le comte demeure libre pour t'épouser, quoiqu'il n'en soit pas moins coupable. Si j'avais un héritier, Henri périrait, et toi, tu serais enfermée dans une prison. Mais, qu'il vive, et que la cause de notre déshonneur soit anéantie.

DYONISE. — Si je fus coupable, pourquoi punir de mort cette malheureuse Espagnole?

LE ROI. — Parce qu'il est juste de sauver ton honneur, même au prix de la mort de quelqu'un.

DYONISE. — Je ne m'en consolerai jamais.

LE ROI. — Et moi je tâcherai de conserver à tout prix mon honneur.

et le vers, rend seule possible de pareils détails trës-difHciles à faire passer eu français.

JOURNÉE lî, SCÈNE VI. 177

DYomsE. -^ Que n*ai-je pas à craindre de ce mari couvert de sang?

LE ROI. — Redoute ma colère. — Tous deux nous sommes homicides : toi, par ta faiblesse, moi par le sort.

DYONisE. — Triste union que celle qui est fondée sur un assassinat.

LE ROI. — C'est toi, qui, par tes étranges caprices, as résolu d'abréger mes jours.

(Entre Henri.)

HENRI. — Sire, je reviens baiser vos pieds. LE ROI. — Comte, parlez à votre épouse.

(Il sort.)

HBNRi. — Le roi me quitter ainsi? Est-il irrité contre moi?

DTONisB. --* Je viens de lui reprocher^ misérable, la cruauté dont tu as été l'exécuteur, et dont tu aurais dû être l'objet t Dis, infâme, que vis-tu en moi pour m' abandonner le lendemain de la nuit où tu connus nja faiblesse? Pourquoi m'as-tu trahie pour en épouser une autre? La troisième fille d'un comte de Barcelone valait-elle mieux que l'unique héritière de ton roi? Tu as dédaigné le sang royal pour une noblesse étrangère! Te rends-tu compte des maux que tu as causés?

HENRI. — Je connais l'étendue de mon malheur; je dois dire aussi que jamais je n'abusai de ta faiblesse.

DYONisE. — Qu'oses-tu dire?

HENRI, -r- Dieu sait la vérité, et cependant il me punit.

DYONiSE. — Je croyais que tu allais nier.

HENRI. — En voilà assez. — Isabelle n'est plus, qu'al-je à faire maintenant?

DYONISE. — Ton infidélité m'a fait sécher dans les larmes. Je ne puis le nier, je t'ai aimé comme mon époux; tu vas le devenir maintenant; comte, fais en sorte d'oublier ton Isabelle.

HENRI. — J'y tâcherai, madame.

DYONISE. — Allons essayer de calmer la colère du roi.

HENRI. — Je vous suis.

(Sort Tinfante.)

— Ah! malheureux! l'aura-t-on lancée à la mer? La barque s'est-elle trouvée prête?... Gieux? iïôleil' étoiles» lune

éléments, hommes, oiseaux, bétes sauvages à qui la nature a refusé la raison, et toi, mer "azurée que parcourent des milliers dé voiles pour chercher lavftrtune à travers les orages, cette barque fre^gile abandonnée à votre compassion porte avec elle deux anges. Je vois sa carène percée... elle va se perdre, noyée dans les flots... 0 mer, ne lui sois point ennemie I Offre-lui un abri, terre maternelle I vents, laissez-la voguer; ne souffrez pas qu elle périsse, et avec elle l'objet de toutes mes pensées 1

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