‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 105 sur 226 · LE DUC OCTAVE, POLYBE, TÉRÉE, ISABELLE · texte numérisé non relu

LE DUC OCTAVE, POLYBE, TÉRÉE, ISABELLE

ensuite deux pêcheurs.

OCTAVE, derrière la scène, — Accoste, aborde, patron I .'. vos rames, chiens 1 ^» . v- . • ., . * * '

POLTBE, de même, — Le vent est fort.

OCTAVE, de même, — Accoste, arrive, jette le câble. ISABELLE, de même. — 0 ciel, voilà de tes coups 1 OCTAVE. — Saisis-la dans tes bras, Térée. TÉRÉE. — Je la tiens.

OCTAVE. — Appuyez au rivage.

ISABELLE. — Cielî tu as eu pitié de mes maux.

(Entrent le duc, Polybe , Térée , et deux pêcheurs portant dans leurs bras Isabelle.) \

OCTAVE. — Vit-elle encore?

ISABELLE. — Je vis.

OCTAVE. — Ranime-toi, tu es au port. . ISABELLE. — Il suffit d'être auprès de vous. OCTAVE. — Qui es-tu? ^ ^

ISABELLE. — Espagnole. * •

OCTAVE. — Espagnole et ici!

ISABELLE. — Oui, je mc sauve, seule peut-être, d'un naufrage terrible.

OCTAVE. — Es-tu mariée?

ISABELLE. — Je l'ignore. Mon bonheur a (}t^' court. OCTAVE. — Qu'on prenne soin d'elle.

JOURNEE II, SCENE VII. il9

ISABELLE. — Ce n'est pas nécessaire, j'ai repris courage.

OCTAVE. — Ta qualité d'Espagnole te servira. Où es-tu née?

ISABELLE. — En Catalogne.

OCTAVE. — Dans quelle ville?

ISABELLE. — A Barcelone.

POLYBE. — C'est une femme de haut rang.

TERÉE. — C'est aisé à voir.

ISABELLE. — A mon tour, je voudrais savoir qui vous êtes.

OCTAVE. — Je suis un homme du pays.

ISABELLE. — C'est m'offcuser que de me cacher votre nom.

OCTAVE. — Je suis de haute naissance.

ISABELLE. — Alors, dites-moi en quel pays je suis.

OCTAVE. — Sur les terres du duc Octave.

ISABELLE. — Seriez-vous le duc?

OCTAVE. — Lui-même. J'étais à la pêche sur ce rivage, quand j'ai vu votre barque prête à disparaître dans les flots. Ne craignez rien; vous aurez ici tous les secours possibles.

ISABELLE. — Je n'ai qu'un titre auprès de vous : je suis femme; — La cour du roi d'Irlande est-elle loin d'ici?

OCTAVE. — Elle est tout près.

ISABELLE. — Avez-vous l'intcntion d'y aller?

OCTAVE. — Ordonnez-moi ce qu'il vous plaira, excepté d'aller à cette cour, que j'ai quittée il y a six ans.

ISABELLE. — Je tiens moi-même à ne pas y être vue.

OCTAVE. — Si vous avez besoin de mes services, belle Espagnole, quelle que soit Tentreprise, disposez de ma vie. Vos yeux exercent un tel empire sur moi, que je mets à vos pieds l'hommage de tout ce que je puis. Je ne suis point marié; je ne dois compte à qui que ce soit de ma conduite.

ISABELLE. — J'oubherai ce que j'ai perdu, puisque je le retrouve en vous. Mais vos Étals, votre vie, votre honneur même, tous les biens que vous pourriez m'offrir, ne seraient rien au prix du secret dont j'ai besoin.

OCTAVE. . — Vous y tenez beaucoup?

ISABELLE. — Ma vie en dépend.

iSO AMOUR ET HONNEUR.

OCTAVE. — Votre personne sera ici aussi cachée qu'elle Voudra l'être.

ISABELLE. — Je compte sur voire parole. OCTAVE. — Je vous la donne à la face du ciel.

ISABELLE. — Allons.

OCTAVE. — Suivez-moi. (A part.) Sa divine beauté mo met hors de moi-même.

i^IN DS LA DKUXIBMË JOURNÉE.

TROISIÈME JOURNÉE

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