DON JUAN, LE COMTE DE BARCELONE
(Une revue de troapes ; bannières noires sur lesquelles est peint le portrait d'Isabelle. Le jeune don Juan porte sur ses armes une soubrevesce noire, et tient à la main le bâton de général. Près de lui est le comte, de Barcelone.)
LE COMTE. — Il serait juste peut-être que je vengeasse moi-même la mort de ma fille, et je devrais être le seul général de cette armée; mais il vaut mieux, don Juan, que je vous cède ce titre. La douleur du trépas de votre mère, la justice de votre cause, armeront votre bras, et le ciel protégera vos armes. — Voilà votre général, nobles soldats ! La raison combat pour lui, plus encore que la force. C'est mon petit-fils; c'est le fils d'Isabelle. Tout jeune qu'il est, il mérite de vous commander. Couvert du sang de sa mère^ il s'apprête à punir un père dénaturé.
i)ôN JtiAN; ~— Comte illustre, mon noble aïeul, honneur et gloire du nom de Moncade, ce bâton, cette épée obéis-
sent h un cœur bien jeune encore, mais ardent et généreux. Vos leçons, l'injure faite à ma mère, Tenflamment tellement, qu'avant deux jours, j'aurai montré à nos lâches ennemis que pour jeter parmi eux l'épouvante, je suffis seul. C'est à l'innocence à venger l'innocence : la justice du ciel le veut ainsi. Je me sens d'ailleurs assez de force et de courage dans les questions d'honneur, pour défier au combat ce roi barbare, et, avec Taide de Dieu, j'espère le vaincre.
LE COMTE. — Que je baise la bouche qui a proféré ces nobles paroles! Je veux t'élever moi-même sur mes bras pour te montrer à l'armée. (7/ le soulève^ et le présente aux soldats,) Ma barbe blanche recommandera le choix que j'ai fait. De cette hauteur, contemple cet étendard : lu y verras l'histoire tragique de ta malheureuse mère.
DON JUAN. — Non, mon aïeul, je ne veux pas le regarder. Remettez-moi h terre, celle vue m'attendrirait trop. Marchons à l'assaut : vous verrez si votre petit-fils a du cœur.
LE COMTE. — Rendez le sang à mes veines desséchées I Je leur déclare une guerre d'extermination.
DON JUAN. — Qu'on aille reconnaître les quartiers du roi d'Irlande.
UN SOLDAT. — Bravo î
(Ils sortent.)