DON ALONSO, FABIA, TELLO
PARLA. — J'ai reçu plus de cinq cents coups de bâton. TELLO. — Beau résultat de la négociation. FABU. — Si du moins on l'en avait fait porter la moitié. DON ALONSO. — C'était pure folie que de me commettre avec le ciel.
4. î5onnet alambiqué 'lans lequel il c<flébre le» jolies mules d'Inès, et àécUkTf:, '-n termes a'npî.iîrouri'iu,'», qu'il a <^té encore plus séduit par la petît^Asedu pie*! d'Iri*-s, qu,- par la l»"î»ulé d<î ses yens.
222 LE CAVALIER D'OLMEDO.
TELLO. — Et que Fabia fût l'ange tombé dans l'enfer des triques, pour tç prendre sur ses ailes.
FABIA. — Ah ! Hélas !
TELLO. — Quels sont les sacristains cruels qui ont pris ainsi tes épaules pour un pupitre?
FABiA. — Deux laquais et trois pages. J'y ai laissé mon voile, et mon froc est en six morceaux.
DON ALONso. — Ce serait peu de chose, mère, si du moins on avait respecté ton visage vénérable. Quelle folie d'avoir cru à ces yeux félons, à ces diamants faux, à ces prunelles dont le jeu n'avait pour but que de me tromper, de me tuer ! J'ai mérité ce juste châtiment. Prends cette bourse, mère.... et toi, Tello, va seller mon cheval : nous partirons ce soir pour retourner à Olmedo.
TELLO. — Mais il ne fait pas encore nuit, ce me semble.
DON ALONSO. — Eh bien, quoi ! Faut-il attendre qu'elle m'achève ?
FABIA. — Ne t'afflige pas, innocent; bon courage. Fabia apporte ici le remède à tes maux. Regarde.
DON ALONSo. — Un billet?
FABIA. — Un billet.
DON ALONSO. — Ne te joue pas de moi.
FABIA. — Je te dis que c'est un billet d'elle, en réponse à tes rimes amoureuses.
DON ALONSO. — Fléchis le genou, Tello.
TELLO. — Pas avant d'avoir lu. Je crains qu'il n'y ait là dedans quelque chose qui pique, comme font les curedents ^
DON ALONSO, Usant, — « Voulant savoir si vous êtes qui «je présume, et désirant que vous le soyez, je vous prie « de venir cette nuit à la grille du jardin de cette maison.
4 . Tello faisant allusion aux coups de bâton que prétendait avoir reçus Fabia, dit dans le texte en plaisantant :
Sin leer do me lo mandes ;
Que auQ temo qne hay paies dentro,
Pues en mondadientescaben.
Nous avons essayé de rendre par un équivalent ce jeu de mots qui porte surpa/oa, qui signifie bâton ^ coups de bâton ^ et a.}i&si cure-dent , mondadirnte. Les Espagnols se servent en effet pour cela de petits morceaux de bois très-effilés par les bouts.
« Vous y trouverez attaché le rubun vert de mes mules. « Metlez-le demain à votre chapeauS pour vous faire recon- « naître. » (Avec transport,) Je- ne pourrai jamais payer, récompenser suffisamment un tel bonheur !
TELLO. — Alors il n'est plus question de départ pour Olmedo. Vous entendez, messieurs nos coursiers, vous pouvez vous teiiir en repos; nous restons à Médina.
DON ALONSO. — Le jour expire et touche à sa fin; déjà s'avance la nuit aux pieds humides. Il faut de la toilette, pour paraître à la grille d'Inès. Peut-être Tamour lui inspirera-t-il la fantaisie de m'aller voir prendre le ruban. Je cours changer d'habit.
TBLLO. — Et moi, avec ta permission, Fabia, je vais donner à mon maître sa toilette de veilleur de nuit*.
FABIA. — Un moment.
TELLO. — Ce serait gentil que mon seigneur, dans sa condition, allât s'habiller tout seul..
FABIA. — Il faut bien que tu le permettes, car tu as à m'accompagner.
TELLO. — raccompagner, Fabia ?
FABIA. — Oui.
TELLO. — Moi?
FABIA. — Toi-même. Il le faut pour abréger les préliminaires de cet amour.
TELLO. — Que veux-tu de moi?
FABIA. — Avec un homme, nous autres femmes, nous sommes plus en sécurité. J'ai besoin d'une molaire^ appar-
4 . Usage tout chevaleresque. Cela formait ce que notre vieille langue appelle des « enseignes : » c^était un gant, un ruban, une écharpe. On los attachait à la pièce principale de l'armure, au heaume, par exemple; de là les lambrequins dans les armoiries, a Voilà une enseigne (qu'il montra à son chapeau) que j'ai ga^i^née à la bataille de Coutras pour ma part de butin et de victoire. » (Paroles d'Henri lY à la duchesse de Guise, citées par Sainte -Palaye, I, p. 4 67.)
2. C'est-à-dire de couleur sombre, puisqu'il va à un rendez-vous. Le veilleur de nuit, sereno, porte un n.anteau brun; il est armé d'une lance avec une lanterne au bout, et annonce les heures et le temps qu'il fait, depuis onze heures du soir jusqu'au jour. Il remplit aussi les fonctions de p<)^ice-fnan.
3. Elle entrera comme ingrédient dans les maléfices qu'elle prépare. C'est une dent de loup qui figure dans laf ameuse marmite des sorcières de Macbeth, se. vii.
tt^ LE CAVALIER D'OLMEDO.
tenant h la mâchoire d'un bandit qu'on a pendu hier.
TELLO. — Il n'est pas encore enterré ?
PABiA. — Pas encore.
TELLO. — Mais, que prétends-tu faire?
FABiA. — Aller la chercher, et en compagnie de toi seul.
TELLO. — Je me garderai bien d'aller faire- cette promenade avec toi. Y penses-tu ?
FABTA. — Gomment, poule mouillée, tu as peur d'aller où je vais bien, moi.
TELLO. — Toi, Fabia, tu as pris tes degrés dans le commerce avec le diable.
FABiA. — Enroule!
TELLO. — Demande-moi d'attaquer Tépée à la main dix hommes réunis, mais ne me parle pas de me mêler des affaires des morts.
FABIA. — Si tu ne marches, je ferai si bien qu'il viendra te chercher lui-même.
TELLO. — Ah !... Je suis prêt à te suivre. Es-tu femme ou démon?
FABIA. — Viens, tu porteras l'échelle. Tu n'entends rien à tout cela.
TELLO. — Qui suit semblable route, Fabia, doit s'attendre à même fin.