‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 122 sur 226 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Vite extérieure de laxnaisoti de don Pedro donnant sur une rue. DON RODRIGUE, DON FERNAND, en manteau brun.

DON FERNAND. — A quoi scrt de venir rôder inutilement autour de cette maison ?

DON RODRIGUE. — MoD cspérancc, don Fernand, trouve son aliment à l'entour de ces grilles. Quelquefois Inès appuie à ces barreaux le cristal de ses blanches mains. Où elle les place de jour, moi, la nuit, je suspends mon âme. Plus, en effet, dona Inès m'écrase de ses dédwns, plus s'enflamme mon cœur : elle me brûle avec sa glace. 0 grilles qu'attendrissent mes plaintes, qui croirait qu'un

ange fût sans pitié, quand la pitié peut amollir le fer de vos barreaux! Mais, dites, qu'est-ce que je vois là?

DON PERNAND. — C'est un cordon ou un ruban attaché aux barreaux.

DON RODRIGUE. — Sans doute qu'on attache les âmes à ces grilles, en punition de ceux qui osent déclarer leur amour.

DON PERNAND. — C'cst uuc marquc de faveur de ma Leonor; elle me parle quelquefois ici.

DON RODRIGUE. — Ma défiance me dit assez qu'elle ne vient pas d'Inès. Peut-être cependant que ses mains ingrates ont attaché ici ce ruban, peut-être qu'il lui appartient. Dans le doute, ma foi me suffit. Donnez-le moi.

DON PERNAND. — Gela u'cst pas juste. Peut-être aussi que Leonor a voulu par là éprouver mes sentiments, et si demain elle ne me le voyait pas...

DON RODRIGUE. — Voici uu moycu.

DON PERNAND. — LeqUCl ?

DON RODRIGUE. — Partageous-le.

DON PERNAND. — Daus qucl but?

DON RODRIGUE. — Lcs dcux sŒurs Ic vcrrout et connaîtront à cette marque que nous sommes venus ensemble.

(Ils partagent le ruhan.) (Entrent don Alonso et Tello en manteaux bruns.)

DON ALONSQ. — Il y a du monde dans la rue.

TELLO. — Allez vite à la grille, car vous savez que Fabia m'attend pour une affaire de la plus haute importance.

DON ALONSO. — Fabia? Une affaire, cette nuit, avec toi?

TELLO. — Question d'un ordre Ivhs-élevé/

DON ALONso. — Comment?

TELLO. — Je porte une échelle, et elle...

DON AtoNso. — Que porte-t-elle?

TELLO. — Des pinces.

DON ALONSO. — Quc préteudcz-vous faire?

TELLO. — Enlever une dame de son domicile.

DON ALONSO. — Prcnds garde, Tello, et avant d'entrer, regarde comment tu pourras sortir.

TELLO. — Allez! ce n'est pas grand'chose.

22« LE CAVALIER D'OLMEDO.

DON ALONSO. — Pas grand*chose I une personne de qualité!

TELLO. — Il s'agit d'une molaire au bandit qui a été pendu hier.

DON ALONSO. — Regarde : il y a deux hommes auprès de la grille.

TELLO. — Seraient-ils de garde?

DON ALONSO, examinant, — Pas le moindre morceau de ruban.

TELLO. — Elle a voulu vous punir.

DON ALONSO. — Si j'ai paru osé, n'y avait-il pas une autre manière? C'est mal connaître don Alonso que, par excellence, on appelle le cavalier d'Olmedo. Vive Dieu! je veux lui apprendre à trouver une autre façon de corriger l'homme qui la sert!

TELLO. — Je vous en prie, pas de sottises.

DON ALONSO. — Mcssircs, que personne ici n'approche de ces grilles.

I DON RODRIGUE, à part, à don Femand, — Qu'est ceci?

DON FERNAND. — Je uc rccounais cet homme, ni à la taille, ni à la voix.

DON RODRIGUE. — Qui êtcs-vous pour oser nous parler avec tant d'arrogance?

DON ALONSO. — Un hommc, messires, qui a pour langue son épée.

DON RODRIGUE. — Il va trouvcr quelqu'un pour corriger sa téméraire audace.

TELLO. — Ferme, monsieur. Ceci est plus sérieux que d'arracher une molaire à un mort.

(Ils croisent le fer et, après quelques moments de lutte, don Rodrigue et don Femand se retirent.)

DON ALONSO. — Laisse-lcs : ils ont leur compte. TELLO. — Un manteau est demeuré sur le terrain. DON ALONSO. — Ramasso-lc, et viens par ici... Je vois de la lumière aux fenêtres.

(Ils sortent.)

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