‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 123 sur 226 · DONA LEONORA, DONA INÈS · texte numérisé non relu

DONA LEONORA, DONA INÈS

DONA INÈS. — La pâle aurore, chère Leonor, émaillait à peine les prés des couleurs d'avril, que, la main sur mon cœur pour en contenir les battements, j'ai couru voir le ruban. Il n'y était plus!...

DONA LEONOR. — Honnour à la prud'hommie de notre amoureux.

DONA INÈS. — Je crains d'être moins adroite que lui, car sa pensée m'obsède.

DONA LEONOR. — Toi, naguère si froide, comment es-tu si changée en si peu de temps?

DONA INÈS. — Je ne sais vraiment de quoi peut me punir le ciel. Mon état annonce une vengeance ou une victoire de l'amour. A sa pensée, il me semble que mon cœur prend feu. Je ne puis un seul moment m'abstraire de lui. Que faire ? hélas I

(Entre don Rodrigue avec un ruban vert à son chapeau.)

DON RODRIGUE, à part, — Amour, je n'aurais jamais cru que tu pusses être dominé par la crainte. Du courage, cependant, car j'aperçois Inès. {Haut.) J'aurais à parler au seigneur don Pedro.

DONA INÈS. — Il n'est guère discret de se présenter de si bonne heure. Don Pedro ne doit pas être levé.

DON RODRIGUE. — L'affaire est importante.

DONA INÈS, à part, à sa sœur. — On ne vit jamais si sot amant.

DONA LEONOR. — Lc préféré a toujours de Tesprit, et celui que l'on hait n'est jamais qu'un sot.

DON RODRIGUE, à part. — Nul moyen d'adoucir celle cruelle, de mettre un terme à ses mépris.

DONA INÈS, à part, à sa sœur, après avoir remarqué le ruban. — Ah ! Léonor, la présence de Rodrigue s'explique, si c'est moi qui lui ai écrit de venir prendre le ruban. .

DONA LEONOR. — C'cst quclquc tour de la Fabia.

228 LE CAVALIER D'OLMEDO.

DONA INÈS. — Ah ! je vais déchirer son billet; ja vais me venger de l'avoir fait dormir sur mon sein I

(Entre don Pedro, suivi de don Feruand qui porte un ruban vert à son chapeau.)

DON FERNAND, à don PedrQ, f— On m'a choisi pour négociateur, dans Taffaire que nous avons à traiter. DON pedho. — Eh bien^ nous allons l'entamer à nous

dQUX.

DON FERNAND. — Il est déjà là : la montre de l'amour est toujours en avance,

DON PEDRO. — Inès Taura réglée avec la clef de la faveur,

DON FERNAND. — Il sc plaint précisément du contraire.

DON PEDRO. — Seigneur don Rodrigue...

DON RODRIGUE. — Je vicng ici me mettre à vos ordres,

(Les deux préte^idauts ^'entretiennent ^ voix basse avec don Pedro.)

DONA INÈS, à part à Leonor, — Tout cela est une intrigue arrangée par la Fabia.

DONA LEONOR. — Quc vcux-tu dire?

DONA INÈS. — Ne vois-tu pas que don Fernand est aussi orné du rul)an?

DONA LEONOR. — Puisqu'ils le portent tous deux, h ce que je vois, cela prouve que tous les deux t'aiment.

DONA INÈS. ^11 ne me manquait plus que ^e te voir ja* louse, quand je ne suis plus à moi-même,

DON^ LEONOR. — Qu'cst-cc quj peut bien les occuper ^n ce moment?

DONA INÈS. — Tu oublies le discours que mon pèrQ m'a tenu hier, à propos de mon mariage,

DONA LEONOR. — Si le tien a lieu, Fernand pourrait bien m'oublier ensuite.

DONA INÈS. — Au contraire, je crois qu'ijs viennent s'entr'aider à négocier le leur, puis(ju'ils se sont partagé le ruban.

DON PEDRO, aux deux gentilshommes. — C'est une matière qui demande discrétion et temps. Entrons ici pour mieux en causer.

DON RODRIGUE. — Mon dIus chcr désir étant de vous servir, je n'ai rien de plus a dire.

DON PEDRO. — Je suis charmé sans doute de tous voir épris d'Inès; mais je ne puis, dans la circonstance, ne pas tenir grand compte de votre qualité.

(Tous trois sortent.)

DONA INÈS. — 0 Vanité de mes espérances I folie de mes illusions! Mon billet tombé aux mains de Rodrigue, et ma sœur jalouse dePérnànd... 0 cruel étranger I trompeuse Pabia f

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