Quelle passion, et quel naturel
2. Elle était vêtue en làbradora. — Voy. sur ce mot p. 79. C'était un costume de fantaisie adopté par doAa Inès , selon l'usage. On voit à Tacadémie de San^Femando, à Madrid, un magnifique portrait de la duchesse d'Albe, par Goya, en costume de labmdwra de Ségovie. Rien de plus coquet ni de plus élégant.
230 LE CAVALIER D'OLMEDO.
mante. Tes sourcils te servaient d'arc, de flèches tes beaux yeux. Il te suivit, et avec raison; car, selon les habiles, toute la beauté gît dans l'esprit et dans les yeux. Bref, les vertes attaches de tes pieds ont fait prisonniers les siens : car, aujourd'hui, ce n'est plus par les cheveux, c'est par les pieds que s'éprend l'amour. Il est ton esclave; tu l'estimes, il t'adore; tu l'as frappé au cœur; il t'écrit, tu lui réponds. Qu'y a-t-il de coupable dans ces sentiments ? Ses parents, dont il est l'unique héritier, lui laisseront dix mille ducats de rente, et, s'il est bien jeune encore, ses parents sont déjà vieux. Laisse-toi aimer, laisse-toi servir du plus noble, du plus sage cavalier de toute l'Espagne; taille élégante, esprit charmant. Le roi, à Valladolid, l'a comblé de faveurs, car c'est à lui qu'ont dû leur éclat les fêtes royales de son mariage. Aux courses de taureaux, sa lance, son épée, l'ont rendu l'égal d'Hector. Il a fait hommage aux dames de trente prix en parures et en bijoux. Tout armé, il ressemble à Achille; quand il est paré, c'est un Adonis. Puisse-t-il avoir une fin moins cruelle I Tu vivras heureuse et satisfaite auprès d'un mari distingué, car il n'est rien de plus à plaindre que la femme dont l'époux n'est qu'un sot.
DONA INÈS. — Ah I mère, j'en deviendrai folle. — Mais, hélas I comment puis-je être sa femme, si mon père m'accorde à don Rodrigue? Il est là qui, avec don Ferriand, traite de notre mariage.
FABiA. — Vous êtes deux pour rendre nul le dispositif du jugement.
DONA INÈS. — Je te répète que don Rodrigue est là.
FABIA. — Rassure-toi. Il est partie et non pas juge.
DONA INÈS. — Leonor, tu n'as rien à me dire?
DONA LEONOR. — Es-tu Capable d'entendre un conseil?
FABIA. — Laisse-moi la conduite de l'aflfaire. Don Alonso t'appartiendra : et tu seras heureuse , je l'espère , avec l'homme qui est la gloire de Médina, la fleur d'Olmedo.
FIN DE LA PREMIÈRE JOURNÉE
DEUXIÈME JOURNÉE