Cette distance est de six à sept lieues
232 LE CAVALIER D'OLMEDO.
DON ALONso. — Quelle imprudence!
TELLO. — Il m'aborde. — «Hidalgo, me dit-il, de qui tenezvous cette cape? Il me semble la reconnaître. — Si cela peut vous être agréable, lui répondis-je, je la remettrai à quelqu'un de vos serviteurs. » Il changea de couleur, et répliqua: «Un de nos laquais Tavait perdue quelque soir; mais il est mieux qu^elle vous demeure. Gardez-la bien. » Et il me quitta d'un air à moitié dédaigneux, la main sur la garde de son épée. Il sait que je vous appartiens; il sait qu'il a perdu ce manteau contre nous deux. Pour Dieu,, seigneur, méfiez-vous. Ce sont gens de conséquence. Ils sont sur leur terrain, par conséquent puissants.Et d'ailleurs, je suis trèsinquiet d'avoir vu cet amour commencer par des sortilèges ^ Vous poursuivez un but honnête. A quoi bon les cercles, les incantations? — J'étais allé, comme vous savez, avec f^abia, pour arracher une molaire à ce pendu? Gomme Arlequin, je pose l'échelle d'un côté de la potence. Fabia monte. Je reste au pied, et j'entends alors le bandit me dire : Monte , Tello , n'aie pas peur; sinon , je vais descendre. — Grand saint Paul!... Je tombe roide, et si bien privé de mes sens, que c'est un miracle comment j'ai pu les reprendre. Elle descendit : je revins à moi tout tremblant, et fort triste de me voir tout trempé; pourtant, il n* avait pas plu.
DON ALONSo. — Tcllo, le véritable amour ne connaît pas de périls. Le sort a voulu que j'eusse un rival passionnément épris qui brigue la main d'Inès. Je suis jaloux, désespéré. — Que faire? Je ne crois pas au pouvoir des sortilèges. Le mérite uni à la constance, voilà ce qui concilie les volontés. Inès m'aime; moi, je l'adore, je vis en Inès. Tout ce qui n'est pas Inès, je le méprise, je l'abhorre, je Tignore. Inès est mon bien; je suis l'esclave d'Inès, je ne
4 . Cette croyance au pouvoir des opërjitions magiques était une suite des superstitions païennes contre laquelle l'Église d'Espagne ne cessa de lutter. (Conciles de Léon, 4012; de Santiago, 4031 et4056: d'Oviedo, 4 050.) La fameuse Pharmaceutria de Théocrite, imitée par Virgile, que Racine appelait le morceau le plus passionné de l'antiquité , est consacrée à la description de ces sortilèges et de leurs prétendus effets. Les procès de la Voisin et de la BrinviUiers font foi que la même croyance existait en France sous Louis XIV} et peut-être n'a-t-eUe pas disparu.
puis vivre sans Inès. Je vais, je reviens d'Olmedo à Médina, parce qu'Inès est l'étoile qui me guide à la vie ou à la mort.
TBLLOi — Vous n'avez oublié que de dire : a Je t'aime un peu, mon Inès. » — Fasse Dieu que tout cela tourne bieUi
DON ALONSOi — Voici l'hcure : donne le signaL
TELLO. — J'obéis.
ARA, de la maison. -^ Qui est là?
TELLo. — Déjà.. . — C'est moi. Mélibée est*elle chea elle? Voici venir Calixte^.
ANA. ««^ Attends un moment, Sempronio.
D05A inis^ de la maison. — Lui venu?
ANA. — Oui, madame.