INTRODUCTION. XI
ce titre équivalaient à des lettres de noblesse; c'était, selon un biographe de Lope de Vega, ce qui le faisait rechercher des personnes dont le nom n'était pas assez connu pour pouvoir se passer de généalogie.
Mais en se donnant à Dieu comme chrétien pénitent, Lopc ne s'était pas livré tout entier. Il avait fait sincèrement le partage de ses facultés entre la religion et la nature; il avait mis dans la première part tout ce qu'il dépendait de lui d'y mettre, mais il s'était réservé la libre culture de son génie, l'exercice indépendant de son imagination, et cette part était encore immense. La plus grande partie de ses comédies (plus des deux tiers) fut composée postérieurement à son ordination. Ainsi, le prêtre catholique avec toute sa ferveur, que dis-je? le familier (lu Saint-Office se trouvait associé dans Lope avec le poète dramatique le plus populaire, le plus passionné qui eût jamais existé. Entre les pièces de Lope prêtre et dévot, et celles de Lope, homme du monde, marié ou amoureux, il n'existe aucune différence appréciable, ni quant au choix des sujets, ni quant à la manière de les traiter. Il y a tout autant d'amour, tout autant d'orgueil du point d'honneur, tout autant de tableaux voluptueux, de bravades et de vengeances dans les unes que dans les autres. Cet étrange assemblage, que nous retrouverons dans Caldéron, n'était possible que dans le temps où vivait Lope et en Espagne. On ne doit jamais l'oublier, quand il s'agit de juger le drame espagnol.
Peut-être faut-il, pour apprécier convenablement la nouvelle position de Lope, considérer que, comme prêtre, il n'avait point ce que l'on nomme charge d'àtaes, et n'était attaché au service régulier d'aucune église. Il avait fait construire dans sa maison un petit oratoire bien décoré, dans lequel il disait la messe tous les jours de grand matin. Un très-petit nombre de personnes y étaient admises, et nous devons, sur ce point, à l'un de ces amis privilégiés de curieux détails. Il paraît que, pendant toute la durée du saint sacrifice, on remarquait en Lope une agitation extrême, un tremblement nerveux qui trahissaient les profondes émotions du prêtre. Une abondante effusion de larmes accompagnait toujours la célébration de cet acte solennel. — Étrange sensibilité qui aide à expliquer le pathétique profond que nous rencontrerons dans ses drames.
On sait très-peu de chose de Lope, après sa séparation d'avec sa famille. Sa vie semble s'être partagée assez doucement,