‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 14 sur 226 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

quoique tristement, entre les pratiques religieuses, le culte de la pocsie et les affections domestiques. Il lui restait trois enfants, Lope, son second fi's, et ses deux filles Marcela et Feliciana. Ces affections, toujours inséparables d'un peu d'inquiétudes, aboutirent pour lui à de nouveaux chagrins. Son fiis Lope qu'il destinait à la carrière des lettres, ou à toute auti^e profession savante, n'eut jamais de goût que pour celle des armes, et voulut être absolument soldat, dès qu'il put être quelque chose. Il avait à peine vingt ans quand il partit comme volontaire sur une flotte commandée par le marquis de Santa- Cruz, et précéda son père dans le tombeau. La dernière et cruelle épreuve du sacrifice de Marcelle porta à Lope un coup encore plus fatal. Pour bien concevoir ce qu'une telle séparation dut lui coûter, il faut avoir quelque idée du singulier mélange de tendresse et d'admiration que lui avait inspiré cette enfant. Il lui dédia en iG20 son joli drame intitulé : le Remède dans VinfortunCy et voici dans quels termes il fit cette dédicace : « S'il est vrai que l'on doive plus encore au sang qu'au génie, faites-moi la faveur, Marcela, de lire cette comédie, en corrigeant dans votre esprit les défauts de l'âge où je la composai. Si tendre que soit le vôtre, il a été si richement doué, que le ciel me semble vous avoir départi par mégarde le trésor d'intelligence qu'il avait préparé pour compenser dans quelque autre femme le malheur d'èti*e laide. Je pense sérieusement ainsi, et ceux-là seuls qui ne vous ont pas vue pourront prendre mes paroles pour une galanterie. Que Dieu vous garde et vous rende heureuse, malgré tout ce qu'il y a en vous de perfections pour ne pas l'être, surtout, si vous héritez de ma destinée ! »

Certes, dit avec raison M. Fauriel, à qui nous empruntons cette traduction et d'autres traits, ce n'était pas une jeune fille ordinaire, que celle à qui son père, à qui un Lope de Yega parlait de la sorte. On le soupçonnera sans doute d'illusion et de flatterie; mais il n'est pas le seul homme qui ait ambitionné sérieusement le suffrage de Mai'celle. L'auteur des Mocedades dei Cid, Guilhem de Castro, lui dédia aussi un volume de sou théàtiv. Sa dédicace est un peu moins tendre ou un peu plus contenue que celle de Lope, mais elle n'eu est pas moins flatteuse pour celle à qui elle s'adresse.

Feliciaua, la plus jeune de ses filk-s, fut la dernière dont il se sépara; il la donna eu mariage à don Louis de Isategui, à qui Ton doit la publication de plusieurs des univres posthumes

INTRODUCTION. xill

du poète. On pourrait dire que cette séparation fut le dernier éyénement de la vie de Lope. 11 semble dès lors fatigué de tout, même de la gloire. Il se déguise, il prend dos précautions pour éviter d'être vu. Sa santé, jusqu'alors robuste, déclina depuis de jour en jour, et il aggrava sa faiblesse par des excès d'austérité ^ Pendant qu'il refusait de faire usage de viande durant le carême, il redoublait ses exercices de pénitence. Un matin, son alcôve fut trouvée toute parsemée de gouttes de sang qu'avait fait jaillir la discipline. Au mois d'août lt)35, il fut inviU' àbonorer de sa préstmce des thèses de médecine ot de rhétorique, au séminaire des Ecossais. Il se retira très-fatigué, et rentra chez lui malade. Cette indisposition prit bientôt un caractère alarmant, et le tl août 1635, après quelques jours seulement de maladie, il expira en prononçant les noms de Jésus et de Marie, à Tàge de soixante- treize ans.

La mort de Lope de Vega plongea dans le deuil la ville entière de Madrid. La nation essaya d'égaler les honneurs funi*bres qui lui furent rendus à l'étendue de sa renommée. Le duc deSessa, petit-ôls du fameux Gonzalve deCordoue, qui assista à ses derniers moments, était nommé son exécuteur testamentaire, et l'héritier de ses manuscrits. 11 accepta cette charge bouorable, et voulut faire les frais des funérailles. Lui-même, entouré de grands d'Espagne et d'une foule d'autres seigneurs, de tous les gens de lettres, de tous les artistes, que pressait une multitude de peuple, marcha à la tête du convoi. Les cérémonies religieuses, qui recommencèrent à l'octave, durèrent neuf jours, accompagnées par la musique de la chapelle royale, avec toute la pompe du culte. Chaque jour, un évèque différent ofûcia en habits pontificaux. Aucun grand homme, dans aucun pays, ne fut suivi dans la tombe par autant de gloire. La popularité de Voltaire, au dix-huitième siècle, l'ovation dont il fut l'objet à Paris peu de temps avant sa mort, peuvent seules en donner quelque idée. Sa fille Marcelle, qui n'avait pu recueillir les derniers soupirs d'un père, adressa une requête pour que le convoi funèbre se dirigeât le long du cloître des Trinitarias descalzas, afin de pouvoir jouir une dernière fois de la vue de ces restes vénérés. Le convoi fit un long détour, et la carmélite

L II avait déjà composé la plus grande partie d'un éloge de Camoëns, et il s'occupait de le terminer quand la mort l'atteignit.

XIY INTRODUCTION.

rit «n effet passer son père devant elle, porté, le visage découvert, sur les épaules de ses anciens confrères de la congrégation ries pauvres pnHres. On se demande avec attendrissement ce qu'une âme telle que l'àme de Marcelle dut éprouver dans ce court moment.

Le caracU'jre de Lope de Vega était celui d'un artiste aimant toutes les magnificences, le luxe des arts, la somptuosité des ameublements, accompagnée du goût des tableaux et des beaux livres, et de Félégance dans ses vêtements. A cet égard, il ne comptait jamais avec les caprices de son imagination. D'utKî charité inépuisable, il fallait veiller sur lui pour l'erapèch(îr (le donner. Un jour, un prêtre mal vêtu étant venu lui demander la charité, il le revêtit de ses propres habits, et lui donna même son chapeau. Sa table était toujours couverte de pièces de monnaie destinées aux mendiants, et cette table ainsi que sa maistm était toujours ouverte. Du reste, ses mœurs étaient simples, ses besoins modestes; ses plus vives jouissances, il les demandait à la nature, comme tous les grands poètes. La vue du ciel, des montagnes, des forêts et des champs, était pour lui une source d'émotions et d'inspirations qu'il a transport<'^e8 heureusement jusque dans ses drames. Lui-même a décrit en plusieurs endroits de ses ouvrages sa maison de Madrid, située dans la rue des Francs, près de la porte de Vallecas, et ornée d'un jardin qui était « le plus chétif des jardins. Tout ce que l'on y trouve, ce sont une dizaine de pieds de ilours, doux treilles, un oranger, un rosier et deux arbres habités par deux jeunes rossignols. Un réservoir de deux seaux d'eau y forme une fontaine qui s'épanche entre deux pierres, dans un débris de vase en terre colorée. Mais la nature se contente de peu,.. » On lisait au-dessus de la porte principale de cette maison :

Parva propm, magna ; Magna aliéna^ parva*.

I . Imitation prohuble do ce distique que TArioste avait ausà fait gravw $ur rontrt^> de sa maison :

Mirrti w%i aptii miAi, «et/ Huifi oàHùxitu seti non ^"Ui^M. pur tu nMt) AM< riiiN«>M «nv tiomms^

L^ ^ noTtnubrt^ 186:!. un« inscription a êt4& placée sur la façade de ««tt« niabon ^ui oeea|p« k n* 15 d« ranciennft ni« des fVmct, anjonr-

Page 1