‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 136 sur 226 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Passage donnant entrée sur la place .de Médina del O^ippo, disposée et oxnée pour une course de taureaux*

DON RODRIGUE, DON FERNAND, serviteurs armés éTépieux. (On entend le son des trompettes et des timbales.)

DON RODRIGUE. -*- Mauvaise fortune t DON FERNAND. — Mauvaise chance t DON RODRIGUE. — Dieux I que je souffre I DON FERNAND. — A quoi se résoudre ?

DON ROouiGuE. — Je né puis désormais compter sur mon bras pour le service d'Inès.

DON FERNAND. — Je SUis furicUX.

DON RODRIGUE. — Et moi boulevcrsé.

DON FERNAND. — Retoumous à la charge.

DON RODRIGUE, — Un hommo né si malheureux ne peut espérer réussir. Le sort a réservé toutes les chances pour celui d'Olmedo,

DON FERNAND. — Sa lancc n'a pas failli une seule fois.

DON RODRIGUE. ^ Elle faillira quelque jour, je vous en donne ma parole.

DON FERNAND. — Quc voulcz-vous? tout réussit à rhomme préféré-

DON RODRIGUE. — L'auiour lui a ouvert la porte du cœur; pour moi le dédain et l'oubli; et puis on est toujours porté en faveur d'un étranger.

DON FERNAND. — Votre colère est légitime. C'est un bril'

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lant cavalier, mais il ne faut pas qu'il efface les hommes de Médina.

DON RODRIGUE. — L'humiliatiou de notre patrie me trouble la raison. Ah! qu'il est bien d'une femme de dédaigner ce qui est sous sa main pour s'attacher à un étranger I

(Grand bruit de grelots mêlé de cris.)

UNE VOIX, de l'intérieur, — Bravo t bravo f » AUTRE VOIX. — Comme cette lance a été rompue bravement ^ I

DON FERNAND. — Qu'attoudons-nous ? Prenons d'autres chevaux.

DON RODRIGUE. — Allonsf

UNE VOIX, de Vintérieur. — Il n'a pas son pareil dans le monde t

DON FERNAND. — Enteudcz-vous ?

DON RODRIGUE. — Gela m'exaspère.

DON FERNAND. — Je le couçois.

AUTRE VOIX, de ^intérieur. — Victoire t mille fois victoire au Cavalier d'Olmedo I

DON RODRIGUE. — Quellc chancc voulez-vous que je tente, d'après ces paroles?

DON FERNAND. — C'cst le vulgairc, ne le reconnaissezvous pas?

PLUSIEURS VOIX, de Vintérieur, — Dieu te garde I Dieu te garde t

DON RODRIGUE. — Quo diraicut-ils de plus du roi? Mais je les approuve... Qu'ils prient que la Fortune lui soit fidèle jusqu'à la fin!

DON FERNAND. — C'cst uuc loi méprisable, mais forcée, que les applaudissements de la foule s'adressent à la nouveauté.

DON RODRIGUE. — Il vicnt changer de cheval.

\, Oe sont les réflexions dont les connaisseurs {aficionados) accompagnent encore les coups de lance portés au taureau par le picador. Ces combats de taureaux, abandonnés aujourd'hui à des toréadors de profession, furent longtemps, comme on voit, l'exercice de la première noblesse. Les grelots faisaient partie du harnachement du cheval.

DON FERNAND. — On voit qu'il a fait son esclave de la Fortune.

(Entrent don Alonso et Tello, celui-ci avec les couleurs de son maître, et armé d'un épieu.)

TELLO. — Cela s'appelle un beau coup.

DON ALONSO. — Donnc-moi mon alezan, Telle.

TELLO. — Nous avons rivalisé Tun et l'autre; vous à cheval, et moi à pied.

DON ALONSO. — J'ai admiré ta bravoure, Telle.

TELLO. — J'ai coupé les jarrets à six taureaux, avec autant de facilité que des raves.

DON FERNAND. — Reutrous daus l'arène, Rodrigue; peutêtre serons -nous plus heureux, bien que vous sembliez croire que non.

DON RODRIGUE. — Rcutrcz, dou Femaud; quant à moi, pourquoi rentrerais-je? Pour tenter des coups qui tournent à mon humiliation; pour que quelque taureau me tue, me traîne sur l'arène ou me maltraite^ à la grande risée du public...

TELLO, à part, à son maître. — Voilà des gens bien curieux.

DON ALONSO. — Jc Ics ai déjà vus jalouser ma bonne fortune. Leurs regards semblaient aussi m'en vouloir d'adresser les miens à Inès.

(Sortent don Rodrigue, don Femandet leurs serviteurs.)

TELLO. — Inès VOUS a vaillamment secondé de ses sourires, langue muette, qui exprime ce qui se passe dans le cœur. Toutes les fois que vous passiez, elle semblait se jeter hors du balcon.

DON ALONSO. — Ghèrc Inès!... Plût à Dieu que le sort m'accordât de la présenter à mes parents comme leur fille I

TELLO. — Vous réussirez. Attendons seulement qu'il ne soit plus question de Rodrigue. J'augure bien de cette ardeur de la passion d'Inès.

DON ALONSO. — Fabia est demeurée au logis. Pendant que je vais reparaître un moment dans la place, cours la prévenir pour que je puisse parler à Inès avant mon départ. Si je fie retournais pas cette nuit à Olmedo, mes pa-

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rents me tiendraient pour mort. Je m'en voudrais de leur donner ce motif d'inquiétude par mon absence. Ne leur faisons point passer une mauvaise nuit.

TELLO. — Je vous approuve. Il ne faut pas que leur sommeil soit troublé; car c'est une journée qui peut prêter à la crainte comme à l'espérance.

DON ALONso. — J'entre.

TELLO. — Le ciel vous garde.

(8ort doD Alonso.)

— Je vais pouvoir parler librement à la Fabîa, et j*ai mon dessein : c'est d'extorquer la chaîne donnée à la vieille*, nonobstant la sagacité et la finesse de son entendement. Gircé, Hécate et Médée en savaient beaucoup moins long qu'elle; et son âme aura une clef qu'il faudra tourner au moins trente fois. Le meilleur procédé, je crois, est de lui dire que je l'aime. C'est le premier article recommandé, â l'égard de toute femme mûre. Avec deux od trois compliments saupoudrés d'amour et de bonne volonté, elles se croient redevenues jeunes, et pensent que cela durera éternellement*

(Il sort*)

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