SCÈNE VI
Une route en rase campagne. Bouquet d'arbres sur un des côtés. DON RODRIGUE, DON FERNAND, MENDO, serviteurs armés.
DON RODRIGUE. — Aujourd'hui verra finir ma jalousie avec sa vie.
DON FERNAND. — C'cu cst douc fait? Votrc résolution est prise ?
DON RODRIGUE. — Ricu uc pourra empêcher sa mort, maintenant que don Pedro a repris sa parole. Je sais aujourd'hui ce que voulait dire cette teinte vocation; j'ai su que Tello, son propre page, était le personnage qui enseignait à Inès ce latin qui s'est converti en messages d'amour. Quelle honorable duègne a reçu dans sa maison don Pedro, en la personne de Fabia! Malheureuse jeune fille! Ah! je pardonne à ton innocence, si le feu qui t'embrase est l'effet de ses sortilèges infernaux! Malgré tout son esprit, elle ignore ce qui se passe, et l'on fait ainsi un jouet de son honneur et du mien. Que de maisons de nobles chevaliers ont été ainsi souillées d'infamie, par les entremetteuses et leurs sortilèges. Fabia, dont le pouvoir peut transporter
des montagnes, Fabia ^, qui peut arrêter une rivière dans son courSj qui exerce son empire sur TAchéron et ses noirs ministres, Fabia, qui, de cette mer^ de nos climats, peut, à travers les airs, transporter un homme dans la zone torride ou sous le pôle glacé, c'est elle, c'est Fabia qui la dirige!... N'est-ce pas joli?
DON FERNAND. — Précisément pour cette raison, je ne songerais plus à la vengeance.
DON RODRIGUE. — Vivc Dicu! ce serait trop de bassesse à nous deux.
DON FERNAND. — Il n'en est pas de plus grande que d'avilir la femme qu'on aime.
DON RODRIGUE. — G'cst votrc avis : ce n'est pas le mien.
MENDO. — Écoutez, seigneur ;- l'écho nous envoie un bruit * de pas de chevaux. On approche.
DON RODRIGUE. — S'il cst accompagué, c'est qu'il a peur.
DON FERNAND. — N'cu croyezrieu : la prudence n'est pas le caractère du personnage.
DON RODRIGUE. — Quc chacuu sc tienne caché dans un profond silence. — Toi, Mendo, si c'est nécessaire, tu te posteras derrière un arbre, avec ton arquebuse. Attention!
DON FERNAND. — Quft Ic bouheur est inconstant! Que la fortune est folle et changeante! Aujourd'hui même, sous les yeux d'un roi, il a paru sur la place, brillant, admiré de tous, et maintenant l'affreuse mort est là embusquée, qui l'attend!
(Tous se cachent.) (Entre don Alonso.)
DON ALONSO. — Ce quc je ne sentis jamais, je l'éprouve chemin faisant pour Olmedo. — Je tremble; j'ai peur. Effet de mes pressentiments sinistres. Le doux bruit de l'eau, mêlé au sourd murmure du vent dans ce feuillage, augmente encore ma tristesse. Je vais, et ma pensée confuse se reporte en arrière. Fils soumis, j'obéis à l'afiFection que je porte à mes parents; mais, j'ai montré peu de fermeté, je le reconnais, et j'ai été bien dur, en me séparant