‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 142 sur 226 · C&rmina vel eœlo possunt deducere lunam · texte numérisé non relu

C&rmina vel eœlo possunt deducere lunam

(Virg., Égl.VIII, 69, d'après Théocrite.)

264 LE CAVALIER D'OLMEDO.

Sitôt d'Inès. •*- Quelle obscurité! Quelle horreur profonde^ d'ici au retour de l'aurore! J'entends chanter. Qui cela peut-il être? Quelque laboureur qui se rend à son travail. On dirait qu'il est loin; cependant, il approche. Mais quoi? il s'accompagne d'un instrument. L'air n'en est pas rustique; ce sont des accords pleins et harmonieux. S'il est triste, cet air s'accorde bien avec la pensée.

UNE TOiXf derrière le théâtre, chante en se rapprochant peu ù peu.

Que de noche le mataron Al caballero, La gala de Médina, La flor de Olmedo ' .

DON ALONso. — Ciel! que viens-je d'entendre? — Si c'est un avis que tu m'envoies dans le danger qui me menace, que me conseilles-tu? Retourner en arrière? Est-ce possible? — C'est quelque invention de Fabia qui, pour plaire à Inès, veut m'empêcher de me rendre à Olmedo.

LA MÊME VOIX , derrière le théâtre»

Sombras le avisaron Que no saliese Y le aconsejaron Que no se fuese El caballero, La gala de Médina, La flor de Olmedo.

(Entre un laboureur.)

DON ALONso. — Holà, bravc homme, — toi qui chantes. LE LA.B0UREUR. — Qui m'appelle?

DON ALONSO. — Un homme qui se sent perdu. LE LABOUREUR. — Attendez... me voici.

DON ALONSO, à part, — Tout m'accable et m'épouvante. [Haut.) Où vas-lu?

LE LABOUREUR. — Aux champs.

4 . Nous donnons le texte espagnol pour permettre au lecteur de jouir de l'indéfinissable effet du rbythme de ces vers, qui paraissent empruntés à un chant populaire. Cela semblerait annoncer que le Cavalier cfOlmedOj comme V Étoile de Ssotlle, repose sur quelque tradition vraie.

DON ALONso. — Qui t'a enseigné cette ckanson si triste que tu chantais tout à l'heure?

LE LABOUREUR. — Là-bas, à Médina, seigneur.

DON ALONSO. — C'est moi qu'on appelle le Cavalier d'Olmedo, et pourtant je suis vivant.

LE LABOUREUR. — Jc ue puis VOUS expliquer cette chanson d'une autre façon ni manière, qu'en vous disant que je l'ai entendu chanter à une certaine Fabia. J'ajoute, si cela vous intéresse, que je m'étais engagé à vous faire entendre cette chanson. Retournez en arrière. Ne passez pas ce ruisseau.

DON ALONSO. — Je ferais injure au nom que je porte, si j'avais peur.

LE LABOUREUR. ^ Courago hors de saison. Retournez, retournez à Médina.

DON ALONSO. — Vcux-tu me suivre?

LE LABOUREUR. — Je ne puis.

(Il disparaît.)

DON ALONSO. — Qucls fautômes suggère la crainte ! Que d'embûches elle imagine! — Un mot, écoute. — Qu'est-il devenu? C'est à peine si j'entends ses pas. — Dis, laboureur I Attends, un mot! L'écho seul répond. — Moi, mourir! C'est une romance composée sur quelque habitant d'Olmedo qui aura péri sur ce chemin, par la main des gens de Médina. — Me voici à la moitié... Que dirait-onde moi, si je retournais en arrière? — J'entends du monde... Je n'en suis pas fâché ! S'ils vont par ici, je me joindrai à eux.

Page 1