DON PEDRO, DONA INÈS, DONA LEONOR, FABÏA, ANA
DONA INÈS. — Il aurait accordé autant de grâces ?
DON PEDRO. — Aujourd'hui, sa main royale, héroïque et libérale, a montré la grandeur de son cœur. Médina est pleine de reconnaissance, et pour les bienfaits que j'ai reçus de Sa Majesté, je vous mène baiser sa main.
DONA LEONOR. — Il est déjà question de son départ ?
DON PEDRO. — Oui, Leonor, car l'Infant attend Sa Majesté à Tolède. Je me tiens pour obligé par ses bienfaits, moins
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pour moi-même que pour vous, mes filles, dont ces bienfaits relèvent la condition.
DONA LEONOR. — Vous avcz raisou d'être satisfait.
DON PEDRO. — Je suis alcaïde de Burgos. Rendes grâces à Sa Majesté.
DONA iNBS, à Fabia, — Nous allons faire une absence, Fabia.
FABIA. — Ce n'est pas votre plus grand malheur.
DONA INÈS. — Ce n'est donc pas pour rien que, depuis hier, je suis si triste.
FABIA. — Vous êtes menacée de disgrâce plus grande, à moins que je ne me trompe, comme il arrive quelquefois. Ma science ne va pas jusqu'à lire clairement dans l'avenir.
DONA INÈS. — Quel plus grand mal que l'absence, puisqu'elle est pire que la mort?
DON PEDRO. — Ah ! Inès , je serais le plus heureux des hommes, si tu voulais renoncer à ton dessein ; non que je songe à te contraindre, mais je voudrais te voir un époux.
DONA INÈS. — L'obéissance que je vous dois ne saurait me détourner de ma voie. Je m'étonne que vous ne me compreniez pas.
DON PEDRO. — Nullement, je l'avoue.
DONA LEONOR. — Je vais tout expliquer, moi, si cela ne déplaît pas à Inès. Vous ne la mariez pas à son goût. Qu'y a-t-il donc de si pressé?
DON PEDRO. — Mon affection se plaint de ta défiance; si je ne connaissais ton aversion, je n'aurais pu l'imaginer.
DONA LEONOR. — luès a du penchant pour certain cavalier que le roi a récemment gratifié d'une croix. Ce sentiment l'honore et fait paraître l'élévation de son cœur,
DON PEDRO. — S'il est homme de qualité, si tu l'aimes, qu'y a-t-il à répliquer? Bénédiction sur ton mariage, Inès. Puis-je savoir quel est ce futur époux.
DONA LEONOR. — Don Alonso Manrique.
DON PEDRO. — J'aurais donné bon pour cela Celui
d'Olmedo.
DONA LEONOR. — Oui, mou père.
DON PEDRO. — C'est un homme de grande valeur, et dès à présent je me réjouis d'un si bon choix. Si je te refusais
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rhabit, c'est que je songeais à autre chose pour toi. Parle, Inès, tu semblés interdite.
DONA INÈS. — Leonor, seigneur, s'avance beaucoup; mon inclination n'est pas aussi forte qu'elle prétend.
DON PEDRO.— Je n'en demande pas davantage. Laisse-moi me réjouir d'un sentiment si naturel et de ton changement de résolution. Dès à présent don Alonso est ton époux. Je me tiendrai pour honoré d'avoir un gendre si estimé, si riche et si bien né. ■'
DONA INÈS. — Je baise vos pieds mille fois. (A Fabia!) Je deviendrai folle de joie, Fabia.
FÀBiA. — Recevez mes compliments; [à part) et bientôt peut-être mes condoléances.
DONA LEONOR. — Le roi.