‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 146 sur 226 · LES MÊMES, TELLO · texte numérisé non relu

LES MÊMES, TELLO

TELLO, derrière le théâtre, — Je veux entrer,

LE ROI. — Quel est ce bruit?

LE CONNÉTABLE. — C'cst uu écuyer en lutte avec les gardes. Il veut parler à Votre Majesté.

LE ROI. — Qu'il soit libre. lî^^ >

LE CONNÉTABLE. — Il cst tout cu plcurs, et vicnt, dit-^^^^. demander justice. ^i^:;

LE ROI. — La rendre est mou devoir, et mon sceptre en'^^" est le symbole.

(Entre Tello.)

TELLO. — Invincible don Juan, qui, Acès tant d'obstacles, es en possession du royaume de Garnie, je suis venu à Médina, avec un chevalier ancien, te demander justice de deux traîtres; mais l'excès de la douleur l'a fait s'évanouir à la porte, où il est presque mort. Moi, son serviteur, j'ai été assez osé pour forcer la garde et parvenir jusqu'à toi. Le Ciel t'a confié le symbole de la justice, afin que.

dans la liberté de ton esprit, tu punisses les méchants, tu récompenses les bons. Écoute :

La nuit qui a succédé aux fêtes que les hommes de Médina ont célébrées à la Croix de Mai, don Alonso, mon seigneur, ce jeune et illustre chevalier qui avait mérité la précieuse récompense de tes louanges, partit de Médina pour Olmedo, voulant montrer à son vieux père qu'il avait échappé aux taureaux, hélas ! moins cruels que ses ennemis. Moi je demeurais à Médina pour m'occuper des chevaux et prendre soin des selles et caparaçons, comme c'était le devoir de ma charge. En ce moment Tobscurité profonde de la nuit prêtait une épée à la trahison, des mains au vol, des pieds à la crainte. Au moment de franchir un ruisseau, dont le pont est un indice du chemin, je vois six hommes qui s'enfuyaient vers Médina tout troublés et bouleversés, quoique réunis.

La lune s'était levée tard : je pus en reconnaître deux dont le visage était taché de sang. Le Ciel fait quelquefois briller sa lumière dans la plus profonde obscurité, afin de découvrir aux hommes les auteurs des crimes, les mystères de sang aux yeux de la Divinité. Je passe outre : ah ! malheureux ! j'aperçois bientôt don Alonso baigné dans son sang, prêt à expirer. Je le place sur mon cheval, si vaillant encore que je suppose que ses adversaires le croyaient encore vivant. Il arrive à Olmedo ayant conservé assez de sentiment pour recevoir, hélas ! la bénédiction de deux pauvres vieillards qui étanchaient le sang de ses blessures de leurs larmes et de leurs baisers. Sa mort a plongé dans le deuil sa famille et sa patrie ; mais, comme le phénix, il sortira vivant de ses cendres; car il vivra par la voix de la renommée que n'effacent ni l'oubli des hommes, ni les outrages du temps.

LE KOI. — Étrange événement î

DONA INÈS. — Ah ! malheureuse!..

DON PEDRO. — Garde tes larmes, Inès, garde ta douleur, pour notre demeure.

DONA INÈS. — Ce que je disais en badinant, je le demande sérieusement aujourd'hui; et à vous, roi généreux, je demande justice de deux vils chevaliers que voici.

272 Lft CAVALIER D'OLMEDO.

LE ROI, à Tello. — Puisque vous avez pu les reconnaître, indiquez-moi quels sont ces deux traîtres, où sont-ils? Car, vive Dieu, je jure de ne pas sortir d'ici que je ne les aie fait arrêter.

TELLO. — Sire, ils sont devant vous. Le premier est don Rodrigue, le second est don Fernand.

LE CONNÉTABLE. -— Le crimc cst manifeste, leur trouble en est la preuve.

DON RODRIGUE. — Sire, un mot.

LE ROI. — Qu'on les saisisse. Demain que la tête de ces infâmes tombe sur l'échafaud , fin de la tragique histoire du Cavalier d'Olmedo.

FIN DE LA TROISIEME ET DERNIERE JOURNEE

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