DANS LA MORT
DHAME HISTORIQUE
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Le Mariage dam la Mert esi one pièee de eirconsianoe. Ce drame fut oompoflé vers ies commenceiBLeDts du règne de Philippe lU, à Vissue des longues guerres entre la France et l'Espagne. Il semble avoir eu pour but d^exalter dans le peuple espagnol le sentiment de la natio-'' nalité, d'élevor TEspagne aux dépmis de la France.
Quel est le moyen employé par Lope? Il s^empare de la tradition consacrée par le Romancero ^ qui voulait que la défeite de Charlemagne, dans la vallée de Ronce vaux, eût été Tœuvre des Espagnols, et que dans cette journée ftineste le paladin Roland fût tombé sous les coups d'un jeune héros appelé Bernard de Garpio« Bernard de Carpio, selon ces traditions, est le champion de la nationalité espagnole, qu'il défend mâme contre le roi Alphonse le Chaste, lequel voulait se ftilr« vassal de Ghariemagne, et expulser avec son aide tes Mores de là Péninsule.
Il y a dans ees traditions un singulier mélange de fielion et de vérité.
Quand les Andses étaient tellement puissants en Espagne^ <|U6 les chrétiens n'ooeupaient guère ^e les montagnes des A«fttri*6s et ûé Lfon, il était bien naturel qite tes rois de Léon ch«irehas«ent Imt éippni dit cMé é9 lA France^ L^éclat 4» rOle joué par Gtmk^eti^agn^ devait seconder cette pente naturelle; on s'explique done fttt biett ^Al^^ phoitôe te Ghaate, eimtemporaiB dû grand emperem-, ait fiollfeité ^n ap^ui, et lui aUt même payé ti*ibtlt. Au Iniltiènie 8iè<Sle, les affinités entre les deux pays étaient si intimes, que TEëpagne éfti*étiefttie finit pM* adopter eomme siens les plus célèb^ dea héros firangais.
Les plus anciens chants du Romancero en font foi. Ces vieilles romances pleurent sur la mort de Roland et de Durandart à Roncevaux, sur la mort de belle Aude, lu fiancée de Roland, et du brave don Bertrand. Ailleurs, on retrouve des traces de la Chanson de Berthe aux gronda pies et d'Obier le Danois; c^est le cycle de Valdovinos (Beaudouin),de Gayferos (Gaiffler), et de Hontesinos. En voici un exemple :
« C^était dimanche de Rameaux, quand on va dire la Passion. Mores et chrétiens entrent ensemble au combat. Hélas! les Français plient, déjà ils commencent à fuir. Oh ! comme bien les encourage Roland, ce bon paladin! « Tournez, Français, tournez : faites face à la bataille. Mieux vaut mourir en braves que du vivre déshonorés, a De grand courage, les Français retournent au combat. Au premier choc, soixante mille païens succombent. Par les montagnes d^Altamire s'en va fuyant le roi Marsile. Le sang qui coule de ses blessures teint en passant les herbes. Les cris qu'il jette semblent aller jusqu'au ciel. « Je te renie, ô Mahomet, et tout ce que j'ai fait pour toi. Je te fis un corps d'argent, avec des pieds et des mains dUvoire. Je te fis un temple à la Mecque, où l'on venait t'adorer. Pour plus d'honneur encore, je te fis une tête d'or. A ton service je mis soixante-dix mille cavaliers, et ma femme, la reine more, t'en offrit trente mille autres... » (Ce fragment très-ancien est incomplet.)
Un poète français n'aurait pu mieux dire.
Mais tout à coup l'esprit change, les paladins français sont traités en ennemis. C'est le moment où, avec plus d'indépendance politique, s'est formée la nationalité espagnole, et où cette nationalité renaissante reçoit la plus sensible blessure. Ce moment est celui où le conquérant de Tolède, Alphonse VI, s'unit à Constance, fille de Robert, comte de Bourgogne. Alors les Français semblent prendre possession de l'Espagne. Les deux gendres du roi, Raymond et Henri, princes de Bourgogne, sont investis, l'un du comté de Galice, l'autre du comté de Portugal. Un moine de Cluny, Bernard, devient archevêque de Tolède. U impose aux Espagnols, au lieu du rite national mozarabe, le rite romain. Il abolit les immunités de l'Église d'Espagne, et la soumet pour la première fois au Saint-Siège, pendant que le roi, de son côté, tente un essai de féodalité.
Le symbole de la réaction qui s'opéra contre ces nouveautés Ait la création de héros nationaux par l'imagination populaire. Alors les romances peignirent Bernard de Carpio menaçant le pape en plein concile, et renversant le fauteuil du roi de France, parce qu'il est élevé
d^un degré au-dessus du fauteuil de son roi. Alors le Poème du Cid raconta la lutte du héros de Vivar contre Alphonse VI.
Si donc Lope, à un moment donné, s^est proposé d^exciter le sentiment national de l'Espagne contre la Fraoce, il ne pouvait choisir un sujet plus favorable à son plan. Il a suivi en effet de très-près le Romancero de Bernard de Garpio, et a puisé dans ces vieux chants un enthousiasme, une chaleur patriotique qui est facilement passée dans son drame. Ce drame est un panégyrique enthousiaste de TEspagne. En assistant à cette description poétique de son pays, en écoutant cette énumération des principales familles , de la suite de ses rois jusques et y compris Philippe ITI , rois destinés à régner sur deux mondes , le public devait sortir du théâtre véritablement transporté. Assurément, jamais art ne fut plus national , jamais drame plus patriotique. Le Mariage dans la Mort^ par son caractère épico-lyrique, rappelle souvent les Perses d'Eschyle, et, comme Eschyle lui-même le disait de ses tragédies, on peut affirmer « qu'il est plein du souffle de Mars. »
11 (allait du reste que l'impression causée sur la race hispano-chrétienne par l'éclat du règne de Gharlemagne, et que la première adoption par cette race de notre ancienne poésie chevaleresque eût laissé des traces bien profondes ; car, nonobstant le but qu'il se proposait, la disposition dans laquelle il écrivait, Lope n'a pu s'empêcher de s'attendrir sur notre désastre, et de rendre hommage à la valeur que déployèrent les héros français h la retraite de Roncevaux. On verra môme la poétique interprétation qu'il a donnée au surnom de Roche de France, que porte encore un des pics d'une chaîne de montagnes de l'Estramadure. Le Mariage dans la Mort est donc très-intéressant, môme au point de vue français. On y suit avec un vif intérêt des traces de notre histoire et de noire littérature, et c'est à ce titre que nous l'avons donné.
Que signiâe maintenant ce titre de Mariage dans la Mon?
La Chronica gênerai, d'accord en cela avec le Romancero^ raconte qu'un certain comte de Saldafia, nommé Sancho Diaz, ayant séduit Ghimène, la sœur d'Alphonse le Ghaste, Ghimène en eut un fils qui s'appela Bernard de Garpio, après la conquête qu'il fit du château de ce nom. Le roi Alphonse, qui prenait son titre au sérieux, fit enfermer sa sœur 'dans un cloître, et emprisonner le comte de Saldana dans le château de Luna. Vainement le jeune Bernard espérait par l'éclat de ses services obtenir la liberté de son père, et légitimer ainsi sa naissance. Alphonse promettait toujours sans tenir jamais sa parole. Sauvé
par son neveu de la dent d^une béte féroce, il consent enfin à la délivrance du comte de Saldana. Bernard court au chftteau de Luna, muni de rannfiau du roi. Mais il est trop tard, son père est mort de la veille. Désespéré, il arrache sa mère du dottre, et, plaçant sa main dans la main glacée de son père, 41 les déclare unis. Lui-même est donc légitimé.
Cette partie du sujet fournit h Lope Toccasion de peindre en Bernard Tidéal du fils, après en avoir fkit lUdéal du patriote espagnol.
Du reste, il est si évident que l'imagination populaire a dessiné Bernard de Garpio d'après notre Roland, que les particularités de la naissanee des deux héros sont les mêmes, comme on peut le voir dans le roman de Berthe aux grands pies. Une tradition allait même jusqu'à faire Bernard fils d*une sœur de Gharlemagne, laquelle, en se rendant au pèlerinage de Saint-Jacques de Gompostelle, aurait reçu Thospita- Uté du eomte de Saldafia.