BELERME, DURANDART, MONTESINOS
BELERME. — Montesinos, je vais me séparer de rhomme que j'adore, et quand je pleure son absence, je veux te confier mes ennuis. Veille bien sur lui : songe qu'il est mîi vie.
MONTESINOS. — De lui et de moi vous serez satisfaite, car ferme est mon cœur, et le sien fidèle.
BELERME. — Ah! Moutesiuos, j'ai fait un songe affreux, qui me. consume, et qu'en amante fidèle j'ai sans cesse devant les yeux.
MONTESINOS. — Qu'est-ce qu'un songe vain?
DURANDART. — Qu'avez-vous rêvé, mon amour?
BELERME. — Un rêve douloureux, dont le souvenir m'oppresse. Nous venions de nous séparer. Vous marchiez au combat contre Alphonse, lorsque je fus témoin d'une merveille étrange. J'en frissonne encore. Au loin s'étendait la plaine inculte; soudain fond sur toi un autour irrité qui t'arrache le cœur de ses ongles de diamant; puis on vient me présenter ce cœur déplorable. Tu es là devant moi, et l'image de ta mort m'est aussi offerte. Comment supporter une telle idée? Ce songe m'a jetée dans de telles angoisses, que nuit et jour j'ai devant les yeux l'image de ton cadavre déchiré.
DURANDART. — Cousolcz-vous, ma dame et maîtresse. Je suis là, je vous vois. Quel que soit le danger dont je
suis menacé par Toiseau dont vous parlez \ — protégé par votre image, je ne redoute rien. Il est donc préférable, ô ma dame, qu'oubliant ce malheureux songe, vous m'abandonniez votre main en ce triste moment.
MONTESiNOs. — Asscz de larmes, Belerme, assez de cris. Le cœur se serre à ce spectacle. Motitez à cheval, mon cousin ; nous avons trop tardé. L'empereur va partir, et nous devons nous trouver là.
BELEHME. — Quc Dicu VOUS accompaguc, ainsi que lui.
DURANDART. — Et qu'auprès de vous reste mon amour. — Pourrai-] e jamais monter à cheval, Montesinos?
MONTESINOS. — Que dîtes^vous?
DURANDART. — Et qucl chcval pourra me porter par ces chemins...
MONTESINOS. — G'cst tristc; mais vous prolongez ainsi vos angoisses.
DtttANDART. — Avec une telle charge de misères et d'enntiis.
MONTESINOS. — Je l'appuicrai de l'éperon, et par ce moyeti il marchera.
DURANDART. — Mou bîen, vous allez m*oublier peut-être.
MONtÈsiNoS. — Qui le dit? Pourquoi le supposer? — Partons, nous la retrouverons non moins belle, et toujours fidèle.
DURANDART. — Sept aus elle s*est montrée cruelle; Tabsence lui rendra sa cruauté. — Adieu, mon orgueil et ma joie.
BÉLERMÉ* — Adieu, mon chevalier aîmé»
DURANDART. — ËUc cst douc vcnuc, ccttc tristc journée!
BELÈRME. — Elle est venue, hélas!
DURANDART. — Eh bien, adieu I
ËËLERME. — Le ciel vous garde.
DtJRANDART. — Oh! que jc souffre!
BELERME. — QucUc douleurl
DURANDART. — Ah ! ma Belerme !
BELERME. — Moti doux scigncurl
4. Toujours la droyfince aux présagée, dotit nous avotls àé^k vU des exemples.
DURANDART. — Ah ! c'est la mort t MONTESiNos. — Partons, il est tard.
(Ils sortent.)