‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 162 sur 226 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

La Roche de France, en Estramadure.

MARCELIO, CELIO.

CELio. — Fuyons, Marcello, à la montagne; le More est entré dans le hameau.

MARCELIO. — Non, c'est le seigneur de la terre qui vient à notre secours.

CELio. — Quittons vite la cabane.

MARCELIO. — N*aie pas peur, ce sont des amis : c'est Alphonse, roi de Léon, avec le More de Saragosse.

CELio. — Gomment la guerre, qui était en Navarre, estelle venue jusqu'ici?

MARCELIO. — Ils poursuivent les Français, qui se retirent de* pays en pays. Battus à Roncevaux et voyant occupés les passages de France, ils sont entrés en Castille par escadrons détachés. As-tu vu quelquefois les grues quand elles volent en troupes vers TEstramadure? Ainsi vont-»ils sans étendard, chacun suivant son capitaine. On les a vus à Salamanque, à Giudad-Rodrigo, et de là ils sont venus chez nous pour s'y défendre comme dans un dernier asile. La Sierra a une lieue et plus d'étendue, et, quoique le More, objet de ma crainte, les serre de près, ils se sont mis en état de défense, et font bonne garde sur le rocher.

CELIO. — Ainsi, le Français est assiégé et serré de près par r Arabe.

MARCEuo. — Si le blocus dure longtemps, ils ne resteront pas sur la montagne.

CRLio. — Pas un ne sortira de TEspagne vivant.

MARCELio. — Je ne l'en veux pas de ce souhait.

CELio. — Sont-ils nombreux, ces pauvres Français qui se sont réfugiés là-haut?

MARCELIO. — Leurs harnais sont teints de sang, et pourtant je les ai vus briller partout parmi pes rpchers, à travers les chênes, les hêtres et les châtaigniers; leurs malheureux chevaux donnent des marques de leur triste état, car leurs hennissementè s'entendent jusque dans ce hameau. Quel que puisse être leur espoir, ils lutteraient vainement contre la mort. Ils n'ont rien à manger et ne peuvent se soutenir qu'en sacrifiant leurs montures.

CELIO. — Si l'on pouvait leur porter quelque chose?

MARCELIO. — Les Mores pourraient te voir, t'observer; tu risquerais de leur déplaire.

CELio. — Sont-ils nombreux?

MARCELIO. — Qui en doute?

CELio. — Comment se nomme leur chef?

MARCELIO. — Hier, un de ces pauvres Français e&t venu seul à ma cabane, et il m'a conté la vie qu'ils mènent sur la montagne* J'appris que leur chef est le paladin Dudon, jeune homme de grand courage, et parent de Roland. II les avise qu'ils n'ont à espérer que la mort, et leur fi^it dire la messe par un prêtre qu'ils ont avec eux. Chaque jour, au soleil levant, je vais voir reluire les armes et je me pl.ais à voir défiler fièrement les troupes espagnoles. Quand leurs armes réfléchissent le plus vivement les rayons du soleil, comme ferait un miroir de cristal^ c'est qu'ils eatendaat la messe de loin.

CBLio. r— Ont-ils tout ce qu*il leur faut?

MARCELIO. — L'autel s'élève sur ce rocher.

CEUO. — Et le pain de consécration?

MARCELIO. ^Ced, un lettré te l'expliquera. Peut«4ine ne consacrent^ls pas, comme il arrive, dit-on, à la mer. Le prêtre se boroâ à réciter les prières sans faire descendre Dieu dans le pain. Je sais que c'est la manière dont la messe se dit $ur Ips navires.

CELio. — Ohl pauvre France! h quel degré de malheur tu es arrivée!

MAiippLip. r^'. T^ devrais euçpre envier peux qui sout retirés ^ur p#Me roiJhp.

çm^o. -^ ^b qwQil pnviar des geiis qwi n'o^\ pas d« qi}pi mïtQg^r et qui $iPAt voués à la iportt Je ta l^kse qê piaisift

MAaçëMo. ««r i0 smfQQme qu'il» pnt fait pénitonop #(

qu'ik Ii0«t biefi avfiP Diftu. J^ flp sais d*ûù ils om appgi»té les cloches dont le bruit m'éveille chaqup piatin^ et l@i imagei^ dpvant le^iquelles un prêtre leur dit la mes^e.

CELio. — J*ai bien raison de les aimer. Pour le peu à^ tftiftps qui leur rejste, ils veulent vivre de façon à wiourir caW9^ àei sainte.

IIA|U3$:f40. "tf S'il e^t vrai qu'ils doivent périr à la di^i-r tance où noue voypns cette roche, c'est avec raison qm plus tard elle^era appelée la fiocha de France^, Oui, nous aurons en Espagne la Roche de France, qui éternisera la mémoire de cet exploit..* Mais j'entends quelque bruit.

CELio. — Garde-rtoi du More, Marcello; il est avide de meurtre et de pillage.

ifARcpLio. -^ Demeure; il n'eu veut pas aux Castillans.

cpwo. — En attendant que je m'en assure, j'aurai reçu quelque bon coup sur le chignon; mes pieds vont me mettre h l'abri de ses mains. J'ai la mine d'un Français*

M4&CPU0. 77T- Pis plutôt la fierté d'un Espagnol.

GBLio* — MPPtons k la sierra de France, puisqu'elle pat maintenant occupée par des Français.

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