SCÈNE rir
Le paUis royal de Léon*
DON GABGIA, DON RODRIGO RAISURA, DON RAHmË, BERNARD m CARPIO, LE ROI ALPHONSE).
(Défilé de soldats, tambours en t^te et bannières déployées.)
BERNARD. -^ G'cst à bon droit que vient h ta rencontre le lion espagnol, pour s'humilier devant les lions de tes armes. Il n'est dans Tlbérie personne qui t'égale, depuis que tu as réalisé tes espérances. Que la renommée célèbre à jamais ton nom de sage roi et d'excellent capitaine. Ta as vaincu ce Charles qu'on appelait Magne^ preuve manifeste que tu lui es supérieur; aussi, seras^tu appelé le Maxime espagnol. Repose-toi désormais sur tes lauriers, sî^ns redouter que ton nom disparaisse, consumé par le temps, dans l'oubli.
' ALPHONSE. — Bernard, en célébrant la gloire que ta valeur m'a donnée, tu célèbres ta propre gloire, et en faisant
mon éloge, tu te loues toi-même. Toute cette grandeur que tu remémores, je Tai acquise par ton bras. Tu as été la colonne de mes royaumes. C'est par toi, Bernard, que je vis, par toi que je règne. C'est toi qui as gagné cette victoire mémorable par laquelle s'achève si heureusement notre entreprise. Mon âme satisfaite oublie la fausse idée qu'elle s'était faite de son honneur. Je veux prendre un repos que tu partageras, non sans gloire, car seul tu nous as dc^livrés du péril. Je veux par toute espèce de fêtes relever encore le renom des Goths. Suspendez aux voûtes de Saint-Isidore^ les bannières que nous avons conquises sur les Français superbes. Suspendez les armes, les épées, les écus brillants, les pavois dorés. Ajoutez fièrement à vos écussons des timbres et des oiraiers. Moi-même, pour célébrer sa victoire, je placerai une couronne sur le front du lion de mes armes. Allez jeter un coup d'oeil sur la célèbre cité*, mais que Bernard demeure avec moi.
BERNARD. — Que le ciel, témoin de ta valeur, favorise à jamais ta race généreuse.
ALPHONSE. — Allez, braves Espagnols, vous avez à embrasser un père, un ami; que celui qui a une femme attende jusqu'à demain pour lui conter ce qu'il a fait en son absence. Que l'enfant suspende ses petits bras au cou de son père, et que le père prodigue avec un tressaillement de joie les embrassements à son fils. Que la tendre épouse, la mère glorieuse^ dise combien lui a semblé long le temps de l'absence. Faites la part du butin après le repas. Il est doux, il est glorieux de parler des périls passés.
(Ils sortent en défilant devant le roi.)
ALPHONSE. — Bernard, faut-il en croire ce que l'on m'a raconté? Est-il vrai (j'hésite à te le demander) que tu t'es marié ou que tu as donné ta parole?
4 . L'église de San Isidoro el Real , à Léon , qui renferme les cendres de saint Isidore, archevêque de Séville, de 600 à 636, proclamé par le huitième concile de Tolède Villuitre docteur de l'Espagne, Il est célèbre par son livre des Origines. La translation de ses cendres n'eut lien qu'en 4053, sur la demande du roi Ferdinand.
2. Léon est avec Oviedo, Burgos et Tolède, une des villes saintes de TEspagac. La chapelle de Santa Catalina de Saint-Isidore renferme le tombeau de plusieurs des anciens roi».
BERNARD. — Dieu me préserve, sire, de disposer de ma personne, sans vous avoir demandé licence, à vous qui êtes mon roi.
ALPHONSE. — Nous sommcs tous deux seuls; dis-moi la vérité, Bernard.
BERNARD. — Qui voudrait, sire (et je rougis en parlant ainsi), qui voudrait donner sa fille à un bâtard, avoir un bâtard pour gendre? Si vous tenez, seigneur, la promesse que vous m'avez déjà donnée, que vous avez répétée dernièrement encore, alors je vous demanderai de me marier, ou je dirai que vous ne le voulez pas. Rendez-moi mon père, seigneur, car c'est injustement que vous vous vengez sur moi de son antique honneur. J'ai votre promesse, songez-y. J'ai votre serment, qui vous lie plus étroitement encore, car serment de roi ne saurait être violé. Aussi est-il écrit dans les lois de nos sages aïeux : « Gomme la corde « lie le bœuf, ainsi l'homme est lié par sa parole, un roi « par son serment. » Souvenez-vous du secours que je vous ai prêté quand vous assiégèrent en mon absence les Mores de Bénévent^ : je tuai le More sur le pont de TEsla, et vous me donnâtes votre parole; quand vous avez livré bataille devant Zamora contre Othman, un chef more, vous m'avez donné votre parole et votre main. Je vous demande aujourd'hui de la tenir. Quand, sur les bords de l'Orbigo, près d'Astorga, je rabattis l'orgueil du More, vous m'avez promis dans Majorque de rendre la liberté à mon père. A Valdemoro, près du Douro, en Portugal, vous souvient-il que, voyant mes pleurs, vous me donnâtes votre parole royale de mo rendre ce père que j'adore?
En Navarre, enfin, vous avez récemment renouvelé votre promesse, à condition que je fusse vainqueur. Enflammé par cette parole, j'ai fini par réussir. J'ai été partout victorieux, vous venez d'éprouver mon dévouement et mes services, vous êtes maintenant le plus grand seigneur qu'ait vu le monde, ou dont il ait ouï parler. Vous ne pouvez violer la parole que vous avez donnée. Si vous voulez me donner quelque récompense, je ne vous demande que