‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 167 sur 226 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

(La montagne de Léon.) LE ROI ALPHONSE, DON GARCIA, DON RAMIHE.

ALPHONSE, à Jtamire, — J'ai décidé que lu serais mon héritier. Pars, Ramire, je vais convoquer les Cortès et connaître ainsi la volonté du royaume.

RAMIRE. — Je baise, sire, très-humblement vos pieds; j'accepte ce titre d'héritier et de fils.

ALPHONSE. — Étant fils d'un roi, du grand Bermude, la couronne t'est due justement.

DON GARCIA. — C'cst un bou choix que celui de don Ramire. Il n'y aura personne assez osé pour s'opposer à une élection si légitime, dont vous avez pris l'initiative.

ALPHONSE. — Nous en parlerons à Oviedo plus à loisir. Je vais visiter la sainte croix faite par les mains précieuses de ces deux ouvriers célestes qui, vous le savez, étaient des anges. J'honorerai d'autres reliques très-précieuses dans le sanctuaire de cette sainte église, et entre autres la chasuble que la Vierge sainte donna à son chapelain Ildefonse, honneijr et gloire de la grande Tolède ^ Nous nous y rendrons à petites journées, en chassant dans ces âpres montagnes, remplies d'animaux de toute espèce.

GRIS, derrière le théâtre. — Gare à l'ours! gare à Tours!

DON GARCIA. — J'euteuds un grand bruit de voix mêlé de cris.

(Un ours descend de la montagne.)

DON RAMiRE. — Éloigncz-vous, sirc, c'est un ours : nous en sommes avertis par ces aboiements de chiens et par ces cria des chasseurs, qui s'entendent au loin dans la montagne.

ALPHONSE. •»- Un roi no fuit pas ainsi.

DON RAMIRE. — Fuis, Garcia; fuyez, sire; laissez-le tuer par vos gens. Souvenez-vous que le successeur du grand Pelage ^ fut tué par un ours. Fuyez.

(Tous sVnfuient excepté le roi.)

ALPHONSE. — Bête cruelle, tu as beau venir sur moi avec furie, je veux accomplir aujourd'hui un exploit mémorable. [Il lui lance son épieu^ et le manque,) Je t'ai manqué, il faut lutter corps à corps. — A moi, mes amis, Garcia, Ramire, je suis perdu!

(Entre Bernard.)

BERNARD. — Non pas, si je puis. Quand tout le monde vous abandonne, invincible monarque, le malheureux Bernard est toujours là pour vous protéger. — Meurs, animal cruel.

(D'un coup d'épée il étend l'ours à terre.)

ALPHONSE. — Ahl cher neveu, toujours à mes côtés

4 . Allusion à la chasuble en toile du Ciel^ que la Sainte Vierge aurait déposée elle-même sur les épaules de saint Ildetonse à Tolède, et qui passe pour se trouver à Oviedo.

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