Le roi Favila
comme un ange gardien. Je reconnais que je me suis montré pour toi roi injuste. Mais que le passé soit oublié. Demande pour récompense tout ce que tu voudras; demande.
BERNARD. — Mou père, sire, je ne demande que mon père; c'est à tort, vous le savez, qu'il est retenu prisonnier depuis que vous avez promis de le délivrer. La faute est antérieure à votre promesse.
ALPHONSE. — Pars sur-le-champ avec cet anneau, et dis qu'on te le remette, Bernard; pars.
BERNARD. — J'obéis, grand roi; et pour arriver, je jure d'ouvrir de mes éperons les flancs de mon cheval.
ALPHONSE. — La volonté du ciel est manifeste. Arrière, soin de mon honneur blessé. Un tel fils mérite d'adoucir ma rigueur!
Quand je veux songer à ma vengeance, je vois le ciel irrité contre moi, et contre mon autorité méconnue s'élever les libertés de la loi nationale.
Laissons reposer en ce jour la furie de cet honneur sanguinaire, qui a donné au monde des lois fausses pleines d'erreurs.
Qu'il soit pardonné! La puissance des rois ne rappelle jamais plus sûrement celle de Dieu que lorsqu'ils pardonnent les offenses.
(Entrent don Garcia, don Ramire et des chasseurs.)
DON RAMIRE. — Courcz, chasscurs, courez vite; le roi mon seigneur est en grand danger.
ALPHONSE. — Rassurez- vous, don Ramire, tout est fini. L'ours est par terre, et j'aurais tué de même le plus fier lion avec le secours qui m'a été prêté.
DON GARCIA. — 0 pHncc plus bravc que Favila, qui mourut étouffe par un ours féroce, si vous n'étiez roi de Léon^, vous pourriez consigner le fait dans vos armes.
ALPHONSE. — Très-bien, très-bien; je me félicite de vous connaître maintenant. Chasseurs, placez cet animal sur des branchages et partons pour Oviedo. En vérité, vous êtes de vaillants chevaliers.