XVIII INTRODUCTION
de gestes, et surtout comme la langue espagnole elle-même. Quelques mots sur l'origine et la fondation de ce théâtre, nous aideront à mieux saisir le caractère du théâtre particulier de Lope de Vega.
En Espagne, comme dans tous les pays issus de la domination romaine, l'art dramatique est né des débris du paganisme, conservés par les habitudes populaires au milieu des sociétés chrétiennes. En adoptant une religion nouvelle, les sujets de Rome, surtout dans les provinces méridionales de l'Empire, ne renoncèrent pas tout d'un coup aux pompes imitatives et pittoresques des fêtes du paganisme. Les représentations sensibles du culte déchu survécurent naturellement aux croyances dont elles étaient le symbole; et longtemps après leur conversion au christianisme, les peuples reproduisaient encore dans leurs divertissements les chants, les jeux choriques, les théories des religions païennes.
L'Église d'Espagne essaya longtemps de soustraire son troupeau à la pratique de ces usages païens; mais tous ses efforts ne parvinrent jamais à les proscrire. Le clergé espagnol finit par comprendre qu'il était inutile de faire la guerre à des amusements qui s'appuyaient à la fois sur un besoin éternel de la nature humaine, et sur la puissance de l'usage et des souvenirs. Voyant que les divertissements populaires bravaient tous ses efforts, il eut l'heureuse idée de s'en emparer et de les sanctifier en les appliquant aux fêtes du christianisme. De cette manière, il fit d'un obstacle dangereux un nouveau moyen d'influence, et il assura au culte le puissant attrait que les spectacles exerçaient sur un peuple encore à demi païen.
A partir de cette sage résolution, les représentations scéniques firent partie des fêtes religieuses, et elles se jouèrent dans les églises, en présence des corps politiques, des magistrats, des prélats, et avec la coopération du clergé qui y avait lui-même un rôle. Il montrait à l'office de Noël les trois rois mages arrivant, sous la conduite de l'étoile merveilleuse, à la crèche du Sauveur, pour le reconnaître et Tadorer. A l'office de la Passion, il faisait suspendre quelque temps un homme en croix, pour figurer Jésus-Christ mourant pour la rédemption des hommes. La Relation du Voyage en Espagne, écrite par le conseiller Bertaut, frère de madame de Motteville, prouve de la manière la plus formelle que des cérémonies bien plus extraordinaires avaient encore lieu en i6ii0, nommément à Yalladolid.
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Cette mtervention du clergé dans les amusements du peuple eut un grand résultat. Comme les prêtres étaient à cette époque les seuls dépositaires des connaissances qui avaient survécu à la ruine de la civilisation, ils donnèrent à ces représentations plus d'éclat et de dignité, et ils contribuèrent ainsi puissamment à réveiller Tart du sommeil de la barbarie.
Il y eut d'abord des pièces en latin monacal, composées pour ces espèces de représentations dramatique^, par lesquelles le clergé avait eu l'idée d'attirer les peuples aux églises. Mais, dès l'instant, et par la même raison que l'on avait des hymnes, des prières, des chants en romance y on dut avoir bientôt en cotte même langue de ces pièces où l'on essayait de mettre en action les idées ou les faits de la religion.
L'invasion arabe dut fortement contribuer à altérer en Espagne plus et plutôt qu'ailleurs les traditions relatives à la scène, car, ces traditions paraissent avoir particulièrement répugné au génie des conquérants. Les Arabes andalous cultivèrent en effet avec succès en poésie les genres narratif, descriptif, erotique, satirique, tandis que, non-seulement ils n*ont pas laissé la plus petite trace dans le genre dramatique, rien qui ressemble à la comédie ou à la tragédie, mais l'histoire est complètement muette à cet égard. Néanmoins, en Espagne, les représentations scéniques, du moins celles du genre pieux, remontent incontestablement à une haute antiquité. Non-seulement elles étaient connues dès le milieu du treizième siècle, mais il est constant que les formes en étaient déjà diverses, qu'elles s'écartaient de leur caractère, et qu'il s'y était introduit de nombreux abus. La preuve en existe dans le Code des sept parties, composé vers 1260.
L'existence des jeux scéniques en Espagne dès le milieu du treizième siècle, et probablement longtemps auparavant, est donc constatée. Ces représentations continuèrent dans les siècles suivants; néanmoins, on ne connaît rien qui mérite le nom de production dramatique avant la fin du quinzième siècle. On doi supposer toutefois que cet intervalle ne fut pas perdu pour le théâtre, et qu'il continua, malgré le silence de l'histoire, ses lents progrès. Velasquez parle en effet d'une pièce du marquis de Villena qui aurait été représentée en i414, au couronnement du roi Ferdinand d'Aragon, sous ce titre : Comedia allego- Tica, et le marquis de Santillane écrit que son aïeul don Pedro Gonzalès de Mendoza, majordome-major d'Henri de Transta-