SCENE VI
• Entre CASSAINDRE.
CAssANDRE. — Après bien des combats, partagé entre l'affront et la vengeance, mon amour va semant contre mon honneur des espérances malsaines. Sur un terrain inaccessible, il prétend s'établir comme sur la réalité. Vain désir! Satisfaction impossible. Mon àme que leâ offenses du duc inclinent vers le mal, espère trouver vengeance él bonheur dans sa résolution insensée. De Taimable et galant comte, son fils, je veux faire linstrument de ma vengeance : car, un crime si grand vent un profond secret. Je l'ai vu, bouleversé, prêt à me dire son secret, et s*àrrélerlremblant, comme s'il n'était pas plus hardi h un homme de parler en se taisant. Mon âme ulcérée reçut tant de joie de ce trouble que j'entends en moi une voix qui me dit qu'il n'est pas dé trahison, où il y a de l'amour'; que si, dans mon désespojr, je me rends à tant de mérites, je n'aurai pas été la première qui se soit signalée par son amour, ou par une trahison. On a vu des filles aimer leurs pères, d'autres leurs frères; moi je n'insulte pas à la nature, je n'oublie pas mon propre sang. Mais il ne suffit pas, dans ce péril, que j'aie à m'appuyer d'exemples coupables, et au moment de pécher, il ne faut pas prendre exemple sur le mal. — Voici le conite. — Ah I malheureuse! Mais pourquoi trembler, maintetant que je suis résolue.
FRÉDÉRIC, à part. — Je vois venir l'épée, la douce épée pour laquelle je perds là vie. Quelle beauté céleste!
CASSANDRE. — Ëhbieu, Frédéric, où en est ta tristesse ?
FRÉDÉRIC — Je répondrai h Votre Altesse, que ma tristesse est immortelle.
CASSANDRE. — La mélancolic détruit la santé; tu es malade.
FRÉDÉRIC — Ma douleur est follement opiniâtre. Que puis-je dire, sinon qu'elle m'appartient ?
CASSANDRE. — Si c'cst uuc chosc à laquelle je puisse remédier, fie- toi à moi; mon amour surpasse le tien.
FRÉDÉRIC. — Je me fierais bien à vous, mais la craintp m'eii empêche.
CAssANDRE. — Tu m'^s dit aue l'amour cause ton mal.
FRÉDÉRIC. — Ma gloire et ma peine sont nées de ses rigueurs.
CASSANDRE. — Eh bien, écoute une ancienne histoire : Antiochus, amoureux.de sa belle-mère, tomba malade,
FRÉDÉRIC — 11 fit bien, s'il en mourut; mais moi, je suis plus malheureux que lui.
CASSANDRE. — Le l'oi son père, affligé, appela des médecins ; ce fut peine perdue, caria cause de celle maladie était un amour qu'il ne pouvait avouer. Mais le sage Esculape reconnut bientôt que le poison était entre le cœur et les lèvres. Il lui prit le pouls, et ordonna h toutes les dames du palais de passer devant le malade.
FuÉDÉRic. — Je présume, madame, que quelque esprit aura parlé.
CASSANDRE. — Lorsquc entra la belle-mère d'Antiochus, le médecin connut, h l'altération du pouls, que c'était celle qu'il aimait.
FRÉDÉRIC — Étrange invention !
CASSANDRE. — C'cst aiusi qu'on la raconte.
FRÉDÉRIC — Et le malade put-il guérir?
CASSANDRE. — Comlc, uc uic pas que j'aie trouvé la même chose en toi.
FRÉDÉRIC — Vous cu fàcherez-voiis ?