‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 183 sur 226 · CASSANDRE. — NOU · texte numérisé non relu

CASSANDRE. — NOU

ï-RÉDÉRic — Et en aurez-vous pitié?

CASSANDRE. — Oui.

FRÉDÉRIC. — Eh bien, madame, j'en suis arrivé à ce point, que je perds toute crainte de Dieu et du duc mon père, — que cet impossible amour me noie dans le désespoir. Hélas î madame, je me vois, sans moi, sans vous, et sans Dieu : sans Dieu, parce que c'est vous que je désire; sans moi, parce que je suis sans vous, sans vous parce ()ue je ne vous possède pas.

CASSANDRE. — Comtc, quaud je pense à Dieu et au duc, je tremble, je l'avoue; car, pour la punition d'un tel crime, je vois réunis le pouvoir de l'homme et celui de

Dieu. Vainement j'essaye d'atténuer ma faute par la vue delà tolérance du monde, par l'exemple d'autres coupables. S'il peut y avoir un remède, c'est de fuir l'occasion de vous voir et de vous parler ; pa*rce qu'en ne me voyant et ne me parlant plus, ou la vie finira, ou l'amour sera vaincu. Fuis-moi donc, car je ne sais si je pourrai te fuir moi-même, ou si je ne me donnerai pas la mort.

FRÉDÉRfc. — Moi, madame, je mourrai; c'est tout ce que je puis faire pour moi. Je ne tigis pas à la vie. Déjà je suis un corps sans âme, et je vais cherchant la mort, sans espérance de la rencontrer, puisqu'elle serait ce que je désire. Je vous prie seulement de me donner la main. Donnez-moi le poison qui m'a tué.

CAssANDHE. — Frédéric, je dois me refuser à tout commencement; ce serait mettre le feu à la poudre.

FRÉDÉRIC. — Quelle trahison î

CASSANDRE. — Je suis résolue, mais je dois te prévenir qu'en passant par la main, le poison monte jusqu'au cœur.

FRÉDÉRIC — Cassandre, vous avez été pour moi une sirène; vous avez chanté pour m' attirer dans la mer où vous m'avez donné la mort.

(Ils se séparent et se dirigent chacun de son côté.)

CASSANDRE. — Je scus quc je me perds. Honneur, réputation, résiste!

FRÉDÉRIC. — Mes genoux se dérobent sous moi.

CASSANDRE. — Je pcrds ma raison, je perds l'usage de mes sens.

FRÉDÉRIC — 0 trouble, ô confusion étrange!

CASSANDRE. — Je m'en vais mourante d'amour pour toi.

FRÉDÉRIC — Moi, non, car depuis longtemps je ne vis plus.

FIN DE LA DEUXIEME JOURNEE

TROISIÈME JOURNÉE

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