SCÈNE VII
Entre FHËDËRIC.
FRÉDÉRIC. — Je croyais rencontrer ici mon père... , j pAssANDRB. — Avcc quellc infâme tranquillité lu oses, (raîlre, le présenter devant le duc, après avoir demandé , la m^in d'Aurore I
FRÉDÉRtc. — Silence I madame. Songez au péril que vous courez.
CASSANDRE. — Quel péril, misérable, quand je ne me possède plus?
FRÉDÉRIC. — Quoi ! vous uc craigucz pas d'élever ainsi la voix?...
(Entre le duc sar la pointe du pied.)
LE DUC, à part,-^ Je cherche des preuves. Je vais écouter d'ici. Oh ! qu'il va m'en coûter d'apprendre ce que je voudrais me déguiser à moi-même )
FRÉDÉRIC. — Prenez garde, madame; songez au rang que vous occupez.
CASSANDRE. — Y a~t-il au monde un homme assez lâche pour m'abandonner, après que j'ai sacrifié mon honneur à ses désirs, au prix de tant d'angoisses?
FRÉDÉRIC — Je ne suis pas encore marié, madame. J*ai voulu prévenir les soupçons du duc, et aussi donner quelque sécurité à notre vie, qui ne peut durer ainsi. Cassandre, le duc n'est pas un de ces hommes de basse condition; il ne saurait souffrir de voir son nom illustre en proie à Topprobre. Assez et trop longtemps nous avons été aveuglés par l'amour.
CASSANDRE. — Ahf lâche, cœur sans noblesse, ces larmes, ces prières répétées jusqu'à nous rendre folles, et qui consomment la perte de notre honneur, tu les qualifies maintenant de trahisons ! Je me meurs ! laisse-moi, misérable !
LE DUC, à part, — Il faudrait être de marbre pour en entendre davantage. Qu'attends-je? Mon malheur est certain. Tout est avoué, et sans torture... Sans torture? Non. C'est à moi qu'ils l'ont donnée. Il n'est pas besoin d'autre témoignage. Je sais tout. Honneur, tu es leur juge. Dicte la sentence et le châtiment; un châtiment qui sauvegarde mon nom, car la publicité entraîne toujours quelque honte. Il ne faut pas qu'il y ait sur la terre un homme qui soupçonne que je suis déshonoré. Enfouir sa honte, c'est la prévenir. La vengeance semble assurer notre honneur. Mais il y a toujours quelque dommage à initier le public à son'affront.
(H sort.)
CASSANDRE. —Ah! fcmmcs infortunées! hommes sans loyauté et sans foi!
FRÉDÉRIC — Je déclare, madame, que je suis prêt à exe-, cuter toutes vos volontés. Je vous en donne ma parole.
CASSANDRE. — Ta parole vraie?
FRÉDÉRIC — Infaillible.
CASSANDRE. —Eh bien! qu'il n'y ait pas d'obstacles à notre amour! Je t'ai appartenu; je t'appartiendrai encore. Je saurai bien imaginer le moyen de nous voir tous les jours.
FRÉDÉRIC. — Eh bien! séparons-nous, madame et maîtresse. Tu es avisée : feins d'aimer un peu le duc, comme aprôs tout il est juste.
CASSANDRE. — Je le ferai sans danger pour toi. Qu'est-ce en effet que des caresses feintes?
(Us se séparent.)