‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 204 sur 226 · RUY VELASQUEZ, ALI · texte numérisé non relu

RUY VELASQUEZ, ALI

ALI. — Que veut mon maître?

BUY. — Dis à Mendo de le donner de l'encre et du papier. J'attends ici.

ALI. — J'vvais.

RUY. — D'aujourd'hui le royaume de Caslille va être délivré de Tinfaraie des Lara. D'aujourd'hui je n'aurai plus à compter avec les sept Infimts. D'aujourd'hui dofia Lambra va connaître si je l'aime. Depuis le commencement du monde, au dire des sages, amour et trahison ont ensemble étroit parenlage.

(Rentre Ali.)

AU. — Voici de l'encre et du papier.

JOURNÉE I, SCENE VIH. 4à7

RUT. — Écris en langue arabe ce que je vais dicter.

ALI. — En langue arabe, seigneur?

RUY. — Oui. Pourquoi me regardeç-tu d'un air étonné? Écris.

ALI. — J'écoute.

RUT. — Préparc le papier, en attendant que je ferme la porte.' {A part.) Je vais être vengé.

ALI. — Commence.

RUY. — « A toi, Almanzor, roi souverain de l'Espagne, le Castillan Ruy Velasquez envoie son salut. »

ALI. — « Son salut. »

RUY. — « Je veux aujourd'hui te livrer la Castille. »

ALI. — « La Castille. »

RUY. — « Ce vaillant vieillard, mon messager, s'appelle Gonzalo Bustos. »

ALI. — « Bustos. »

RUY. — « Il est père de sept chevaliers, les meilleurs de toute la Castille, et du courage le plus brillant. Fais tomber sa tête à l'instant afin de priver Garci Fernandez de son plus sage conseiller. Je m'engage à conduire les sept frères à une embuscade, dans la plaine d*Almenar : ils seront peu accompagnés. »

AU. — « Peu accompagnés. »

RUY. — Y es-tu?

ALT. — Oui, seigneur.

RUY. — « Envoie les meilleurs capitaines avec un gros corps de troupes. Choisir Viara et Galbe. »

ALI. — « Viara et Galbe. »

RUY. — « Je leur remettrai les sept Infants; eux morts, sois sûr que tu pourras entrer sans combat en Castille; car un autre comte Julien est tout entier de cœur à ton service. »

ALI. — « Tout entier de cœur. »

RUY. — Et pour que mon secret soit gardé, celte dague va percer le tien.

( Il le poignarde.)

AU. — Je suis mort!

RUY. — Mendo, AlmendranI *

(Entrent les denjc écayers.)

428 MÛDàRRà LB BATARD.

MBNDO. — Seigneur?...

RUY. — J'ai tué ce More pour des motifs qui importent à mon honneur. Allez tous deux le jeter secrètement dans la rivière.

MENDO. — Prends-le par ici.

ALHENDRAN. — C'eSt fait.

(Hb sortent en emportant le cadavre.)

RUT. — Je vais fermer cette lettre de ma main et de mon sceau, et la remettre à Bustos. L'entreprise est hasardeuse; mais amour et outrage ne sauraient examiner ni réfléchir. J'aime et je suis outragé. Je commets une trahison^ mais j'ai mon excuse.

FIN DE LA PREMIERE JOURNÉE

DEUXIÈME JOURNÉE

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