‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 207 sur 226 · Morceau lyrique, en décimas, ou strophes de cBzvers · texte numérisé non relu

Morceau lyrique, en décimas, ou strophes de cBzvers

JOURNÉE H, SCENB II. 433

auraient fait planter ta tête sur un pieu. Voici, chrétien, une autre preuve de sa clémence envers toi : c'est en mes mains qu'il a remis la clef de ta prison. C'est moi qui suis ton Alcaïde, et qui ai charge de te garder^.

BUSTOS. — Dès lors, cette prison n'est plus un châtiment, mais un bonheur, un bienfait. A la prison, ou plutôt à la gloire qui m'est réservée, tu verras que j'arrive inno • cent, puisqu'on m'accorde un ange pour gardien. Tu es Moresque, mais tu n'en es pas moins bien nommée, car c'est le nom d'ange qui est dû à la vertu et à la beauté I Que prétends-tu faire de moi?

ARLAJA. — T' amuser; car j'ai pitié de ton malheur.

BUSTOS. — Je pardonne dès lors à la trahison, puisque, par cette lettre menteuse, voulant me donner la mort, Rodrigue me donne la vie, — la gloire au lieu de la misère. Sais-tu qui je suis?

ARLAJA. — Je te connais par la renommée. Un prison* nier qui t'akne m'a aussi parlé de toi. Jusqu'ici, sache-le bien, mon cœur a parlé si peu, qu'Almanzor ayant voulu me donner un époux, j'ai toujours refusé. Toi seul au monde pouvais forcer mon inclination, car je la fonde sur k bonne opinion de tes qualités. Je ne regarde pas à l'âge. Pour moi, Tâme constitue la jeunesse brillante, constitue la noblesse, la beauté, la qualité.

BUSTOS. — Je crois, et je crois avec raison, que, dans sa toute-puissance, le ciel, touché de la méchanceté du traître qui m'a vendu, dispose sa volonté à m'offrir quelques consolations; car du ciel seulement peut venir tant de pitié. Je vous donne; madame, en garantie de ce que je vous dois, les sept fils que Dieu m'a donnés.

ARLAJA. — Ta pleures, Bustos ? Essuie tes larmes et viens avec moi.

BUSTOS. — Je demande à Dieu qu'il te récompense.

ARLAJA. — Il te rendra la liberté.

1*. Le drame est encore une fois transporté dans la spLèfe du roman « Lope suit la tradition dea romances, que l'immense majorité du publia tenait pour histoires véridiques. L'amour des princesses arabes pour \e9 chevaliers prisonniers est d'ailleurs un lien commun de nos chansons àé geste.

BtSTOS. — Je l'espère de Dieu et de toî : de Dieu, par sa justice; de toi, par compassion. La compassion d'une femme peut m'ouvrir lés portes du ciel.

(Hs sortent)

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