SCENE III
ALMANZOR, VIARA, GALVE.
ALMANZOR. — Donnoz Tordre aux troupes qui sont en quartier sur la frontière de partir sur-le-champ pour la plaine d'Almenar. C'est là, m'écrit Ruy Velasquez, qu'il prépare le piège qui sera tendu aux Infants. Ils vous seront livrés si bien, que le plus vil de nos soldats pourra leur faire tomber la tête.
VIARA. — J'aurais pensé, seigneur, que c'était une ruse inventée pour votre dommage, si je n'avais vu en prison Gonzalo Bustos, et Ruy Yelasquez vous demandant de le mettre à mort. C'est une preuve certaine de l'amitié du chrétien. Il est guidé par la haine qu'il leur porte, et par ses bonnes dispositions pour vous.
GALVE. — Cette preuve me paraît si forte, que si je remets en vos mains ces sept belliqueux jouvenceaux, vous pourrez vous regarder comme roi de la Castille, et comme maître de Garci Fernandez. Ils sont les meilleurs remparts de ses frontières, la menace permanente de vos murailles. Ce sont leurs lances que redoutent vos soldats; sur les ailes de la Renommée va se répandant en tout lieu le bruit de la valeur des chevaliers de Salas, des Infants de Lara, ces fils robustes du capitaine Gonzalo Bustos.
VIARA. — Il est parmi eux un jouvenceau qui semble avoir sucé la mamelle des lions. C'est le plus jeune, mais le plus fort. On raconte de lui des choses qui font l'admiration du monde. Pour tuer un homme, il met rarement la main à l'épée, s'il l'a à sa portée. D'un coup de poing, il imprime les articulations de ses doigts dans la cervelle.
ALMANZOR. — Assez dc retard. Montez à cheval. Que ma brillante armée passe la frontière; qu'elle se dirige en toute hâte vers la Vega de Fabros et fasse halte à Aime-
nar. Que je sois informé aussitôt. Je veux couper les sept têtes de l'hydre de Bustos, dans la personne de ces sept Infants, de ces lions défenseurs de la terre de Castille.
YiARA. — Vous devez de la reconnaissance à Ruy Vclasquez.
ALMANZOR. — Je profite de la trahison, et loin de savoir gré au traître, je n'ai pour lui que de la haine.
(Ils sortent.)