‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 209 sur 226 · RUY VELASQUEZ, DIEGO, FERNAND, GONZALO · texte numérisé non relu

RUY VELASQUEZ, DIEGO, FERNAND, GONZALO

RUY. — Votre père est à Cordoue; mais il sera bientôt de retour, car le généreux Almanzor ne voudra pas le retenir. En attendant, beaux neveux, j'ai résolu de me rendre à Almenar avec mes vassaux. Profitant de l'absence du maître, le More insolent a l'audace de dévaster cette frontière. Je ne veux pas donner de repos à mon épée. Gardée au fourreau, elle est moins un honneur qu'un opprobre. Je l'aime mieux teinte de sang qu'avec la garde dorée. Cependant, mes neveux, je mets ma maison à votre disposition; regardez-la comme vôtre.

FERNAND. — • Nous mérltous plus d'honneur, mon oncle, sinon pour notre valeur, du moins en considération de notre sang. Quand vous entrez en campagne pour nettoyer et courir le pays, vous prétendez nous laisser ici ? Vous tirez répée pour aller en guerre dans les plaines d' Almenar, et nous garderions la nôtre dans le fourreau, avec sa garde dorée, quand vous avez dit que l'épée ne fait pas honneur lorsqu'elle a perdu l'éclat que lui donne le sang! Non, mon oncle, non, il ne faut pas nous couper ainsi Ins ailes. Ne ternissez pas notre réputation, mon oncle; les Infants de Salas sont votre propre sang. Menez les sept soldats qui sont auprès de vous. Quelque vaillants que soient les vôtres, vous n'en compterez pas beaucoup qui les vaillent. Déjà le More connaît ceux de Lara ; il a fait l'épreuve de notre valeur.

GONZALO. — C'est une injure que vous nous faites, seigneur oncle; pardonnez-moi de vous le dire en face. Sommes-nous donc des femmes, pour nous proposer de demeurer au logis, quand vous marchez au combat?

RUY. — Pas de colère, Gonzalo.

GONZALO. — Vous avcz raison de me rappeler ce que je vous dois. — Sommes-nous donc si novices au maniement des armes?... Si c'était un autre qui eût parlé ainsi...

RUY. — Patience, Gonzalo. Laisse-moi t' embrasser. Ce n'était pas que je doutasse de votre héroïque valeur; je craignais de faire de la peine à voire mère.

GONZALO. -^ Seigneur, vous la fâcheriez bien plutôt en nous laissant auprès d'elle. Elle est votre sœur, et vous devez croire qu'elle participe de la valeur qui est en vous. — Mes frères, à cheval !

RUY. — Neveux...

GONZALO. — Je n'écoute rien.

RUY. — Eh bien, je vais donner ordre à mes vassaux. Je n'aurai pas besoin d'être fort accompagné, si je vous mène avec moi. Ce sera pour le châtiment de mon ennemi. Mais, puisque vous allez en guerre, écoutez mes instructions. Armez-vous et me suivez à quelque distance. Je vous donne rendez-vous dans la Vega de Fabros. Là, nou.s essayerons de prévenir l'attaque du More,

DIEGO. — C'est entendu.

RUY. — Adieu, bien-aimés neveux,

FERNAND. — Adieu, mon oncle.

RUY. — Je vous attends là-bas.

(Il sort.)

GONZALO. — Que ceux de vous qui ne sont munis m d'armes ni de chevaux, pour sortir en arroy, aillent les chercher sans perdre un moment.

FERNAND. — Et toi, Gonzalo, tu veux te servir de ton palefroi de chasse?

GONZALO. — Qu'on me laisse.

DIEGO. — Que veux- tu faire?

GONZALO. — Parler à Constance.

FERNAND. — Est-co Tiustaut de parler d*amourî

GONZALO. — Il a de l'influence sur la valeur.

JOURNÉE ir, SCENE V. 43T

DIEGO. — La voici.

(Entre Constance.)

FERHAND. — Nous allons t'attendre.

(Sortent Diego et Femand.)

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