SCÈNE VIII
(On entend le brait de la mêlée.) Entre seul RUY VELASQUEZ.
RUY. -^ Maintenant VOUS allez me payer, vils enfants de Bustos, les ennuis de toute espèce que vous avez causés à dona' Lambra.' Qui offense et se croit en sûreté prête le flanc à la vengeance. Les campagnes d'Araviana seront votre sépulture. Que cette sombre forêt de pins demeure teinte de votre sang, car il faut que Ton sache que j'ai su me venger. Déjà les Mores les entourent. Ils se défendent bravement, et la mort qu'ils ont devant les yeux redouBle leur courage. Gonzalillo, couvert de sang, court çà et là
lU MUDARRA LE BATARD.
à travers les étendards mores. Mais ils sont mille contre cent. Allons, doiia Lambra, abreuve-toi à longs traits de ce sang. Ma vengeance fait de toi une seconde Gava en Espagne ^
(Il tort.) (Entre Lope.)
LOPE. — Le trépas de ces pauvres chevaliers n'est que trop certain. Qu'allends-tu donc, ô mon épée, alors que leur sang s'échappe par mille ble.<»urcs? Mais, si je retourne au combat, si je tombe près d'eux, la vérité sera enterrée avec nous; il n'y aura personne pour la raconter. Il importe donc à l'honneur des Infants de Salas que le vent me prête ses ailes, et la crainte ses éperons. Dans toutes les batailles se trouve un messager pour porter les nouvelles; donc, pour porter la nouvelle, je vais renoncer à la bataille. Ce n'est pas tout à fait la conduite d'un homme de la montagne, mais puisque j'ai h parler ensuite, il ne faut pas que je meure ici.
(Il sort.)
(On entend tonjonre le bruit de la mêlée. — Entre Gonzalo, couvert de eang, l'épée une à la main.)
GONZALO. — Où es-tu, vil et lâche Velasquez? Viens boire mon sang, viens. Tu t'es vengé tard, mais tu t'es bien vengé! Viens, auteur d'un si beau fait, viens me tuer face à face. En tes veines coule le sang des Lara. Viens, chevalier infâme, je commencerai par te l'ôter, mais tune sortiras pas de mes mains. Je me meurs. Âh! mon père, ah! Sancha, ma mère chérie! Reçois ce dernier embrassement que je t'adresse, mon père, et donne-moi ta bénédiction. 0 Constance, ma cousine, que mon désespoir était fondé! J'avais le pressentiment de cette trahison. Mais quand je lutte contre la mort, où es-tu, ma dame, que tu ne semblés pas touchée de mon mal? où es-tu, pour ne pas me prodiguer dans ma situation douloureuse, ces tendres consolations ordinaires aux amants? Ton cœur, ne t'avertit-il pas du mal que je souffre? Ou vous l'ignorez, ma dame, ou vous
4 . La première était cette fameuse fille du comte Julien, lequel ouvrit aux Arabes le chemin de TEspagiie pour se venger du roi Rodrigue qui FavaJt séduite.
êtes fausse et déloyale^? Vous accuser de déloyauté!... ce n'est pas bien. Je me souviens que vous preniez pitié de mes légères blessures, à la pensée qu'elles pouvaient nous séparer. Je suis ton premier amour. Je fus ton époux, ma Constance. Je méritai ta faveur, quoique indigne. Mais où s'égare ma pensée? Malheureux, ton bras demeure oisif, quand tu as déjà perdu quatre fi*ère8, quand tu as vu mourir Nuiio Salidol Reprends courage, ma vaillante épée. Allons, moins pour frapper que pour mourir; ache^ vons de venger l'outrage d'une femme.
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