‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 214 sur 226 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Le castel de Barbadillo.

CONSTANCE, DONA LAMBRA.

CONSTANCE. — Voilà Ics bruils qui courent.

DONA LAHBBA. — N'cu crois Heu, Constance, jusqu'à ce que le fait soit reconnu certain.

CONSTANCE. — Ce n'en est pas moins fâcheux pour moi.

DONA LAMBRA. — Nc fusscut-ils pas soutenus par Ruy Velasquez, mon époux, qui pourrait se flatter de vaincre les Infants de Lara? Ce sont des propos vulgaires qui ne méritent pas d'attention.

CONSTANCE. — Ils Suffisent à m'allrister.

DONA LAMBRA. — Tu ne déguises plus ta passion.

CONSTANCE. — Dis-moi qu'ils sont morts, et elle se montrera bien davantage.

DONA LAMBRA. — Hoi, jo SUIS du sang des Lara, et je veille sur mes paroles.

(Entre Ruy Velasquez, soldats»)

RUY. — Un époux victorieux est-il digne de tes embrassements?

DONA LAMBRA. — Oui, car j'ai placé en toi ma couronne et ma gloire.

4 . Lope introduit ici un fragment de la fameuse romance de Valdo^ rtnoj, parodié par Cervantes au chapitre V de la première partie de Don Quichotte.

RUT. — Tu as vaincu; la victoire est à toi.

DONA LAMBRA. — Dis-moi comoient.

RUT. — lis ne sont plus, les auteurs de ton affront.

DONA LAMBRA. — Ahl que je tombe à tes pieds t

CONSTANCE. — Qui douc a péri, seigneur?

RUT. — Les infâmes qui ont outragé mon honneur, et qui ont été mis en morceaux par le More.

CONSTANCE. — Vous parlez des Infants?

RUT. -r- Sans doute.

CONSTANCE. — Âlors, tu les as vendus!

HUT. — Es-tu folle?

CONSTANCE. — Eux Tont été.

RUT. — Et loi, Constance, tu ne Tes pas moins. Songestu bien à ce que tu dis?

CONSTANCE. — Oui, coutre les lois de l'honneur, tu as vendu ton sang h un More, et tu m'as tuée en même temps.

RUT. — De semblables paroles dans ta bouche? Est-ce possible!

DONA LAMBRA. — Laissez : Tamour de Gonzalillo lui ôle la raison.

RUT. — L'amour est ton excuse; tu ne périras pas de ma main.

CONSTANCE. — Ce Serait le digne complément des trahisons dont tu t'es souillé. Ah I déshonneur du nom de Lara, puisse le ciel me venger de toi !

RUT. — Que je la tue!

UN SOLDAT. — Fuyez!

CONSTANCE. — Plût à Dieu être merle de sa main!

RUT. — Qu'on Tôle de devant mes yeux, soldats.

CONSTANCE. — Menez-moi à Salas, amis.

(On emmène Constance.)

DONA LAMBRA. — Tu le sais, les écarts de l'amour sont les plus pardonnables. Excuse son inconséquence.

RUY. — Fallait-il se permettre de tels propos, même dans la plus complète folie?

DONA LAMBRA. ^ Qu'on l'achcmine promptement à Salas. S'il faut te dire la vérité, elle est grosse de Gonzalo. Un mariage secret les a unis.

RUY. — Eh bien! qu'elle soit punie de sa faiblesse!

DONA LAMBRA. — Dis-moi, mon bien-aimé, Gonzalillo est donc mon?

RUY. — Leurs corps sont dispersés sur le sable de la plaine déserte; les Mores emportent leurs têtes à Cordoue.

DONA LAMBRA. — Je , préfère cette nouvelle aux plus riches et plus brillants trésors. Jamais tu ne m'as semblé plus beau, depuis que tu es mon époux.

RUY. — Que ne peut le contentement!

DONA LAMBRA. — Mcs bras te le diront.

UN SOLDAT. — Constance est en route.

DONA LAMBRA. — Il n'est pas de plaisir pareil à celui de gagner un mauvais procès, et de satisfaire sa vengeance.

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