SCÈNE IX
Le castel de Barbadillo.
CONSTANCE, DONA LAMBRA.
CONSTANCE. — Voilà Ics bruils qui courent.
DONA LAHBBA. — N'cu crois Heu, Constance, jusqu'à ce que le fait soit reconnu certain.
CONSTANCE. — Ce n'en est pas moins fâcheux pour moi.
DONA LAMBRA. — Nc fusscut-ils pas soutenus par Ruy Velasquez, mon époux, qui pourrait se flatter de vaincre les Infants de Lara? Ce sont des propos vulgaires qui ne méritent pas d'attention.
CONSTANCE. — Ils Suffisent à m'allrister.
DONA LAMBRA. — Tu ne déguises plus ta passion.
CONSTANCE. — Dis-moi qu'ils sont morts, et elle se montrera bien davantage.
DONA LAMBRA. — Hoi, jo SUIS du sang des Lara, et je veille sur mes paroles.
(Entre Ruy Velasquez, soldats»)
RUY. — Un époux victorieux est-il digne de tes embrassements?
DONA LAMBRA. — Oui, car j'ai placé en toi ma couronne et ma gloire.
4 . Lope introduit ici un fragment de la fameuse romance de Valdo^ rtnoj, parodié par Cervantes au chapitre V de la première partie de Don Quichotte.
RUT. — Tu as vaincu; la victoire est à toi.
DONA LAMBRA. — Dis-moi comoient.
RUT. — lis ne sont plus, les auteurs de ton affront.
DONA LAMBRA. — Ahl que je tombe à tes pieds t
CONSTANCE. — Qui douc a péri, seigneur?
RUT. — Les infâmes qui ont outragé mon honneur, et qui ont été mis en morceaux par le More.
CONSTANCE. — Vous parlez des Infants?
RUT. -r- Sans doute.
CONSTANCE. — Âlors, tu les as vendus!
HUT. — Es-tu folle?
CONSTANCE. — Eux Tont été.
RUT. — Et loi, Constance, tu ne Tes pas moins. Songestu bien à ce que tu dis?
CONSTANCE. — Oui, coutre les lois de l'honneur, tu as vendu ton sang h un More, et tu m'as tuée en même temps.
RUT. — De semblables paroles dans ta bouche? Est-ce possible!
DONA LAMBRA. — Laissez : Tamour de Gonzalillo lui ôle la raison.
RUT. — L'amour est ton excuse; tu ne périras pas de ma main.
CONSTANCE. — Ce Serait le digne complément des trahisons dont tu t'es souillé. Ah I déshonneur du nom de Lara, puisse le ciel me venger de toi !
RUT. — Que je la tue!
UN SOLDAT. — Fuyez!
CONSTANCE. — Plût à Dieu être merle de sa main!
RUT. — Qu'on Tôle de devant mes yeux, soldats.
CONSTANCE. — Menez-moi à Salas, amis.
(On emmène Constance.)
DONA LAMBRA. — Tu le sais, les écarts de l'amour sont les plus pardonnables. Excuse son inconséquence.
RUY. — Fallait-il se permettre de tels propos, même dans la plus complète folie?
DONA LAMBRA. ^ Qu'on l'achcmine promptement à Salas. S'il faut te dire la vérité, elle est grosse de Gonzalo. Un mariage secret les a unis.
RUY. — Eh bien! qu'elle soit punie de sa faiblesse!
DONA LAMBRA. — Dis-moi, mon bien-aimé, Gonzalillo est donc mon?
RUY. — Leurs corps sont dispersés sur le sable de la plaine déserte; les Mores emportent leurs têtes à Cordoue.
DONA LAMBRA. — Je , préfère cette nouvelle aux plus riches et plus brillants trésors. Jamais tu ne m'as semblé plus beau, depuis que tu es mon époux.
RUY. — Que ne peut le contentement!
DONA LAMBRA. — Mcs bras te le diront.
UN SOLDAT. — Constance est en route.
DONA LAMBRA. — Il n'est pas de plaisir pareil à celui de gagner un mauvais procès, et de satisfaire sa vengeance.