‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 215 sur 226 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les jardins du palais arabe à Cordoue.

GONZALO BUSTOS, ARLAJA.

ARLAJA. — Pourquoi t'attrister ainsi? Quitte ces craintes vaines.

BusTOS. -— Sans doute, Arlaja, tes mains généreuses ont fait beaucoup pour alléger mes ennuis, mais je suis loin de ma famille : tu dois comprendre mes regrets.

ARLAJA. — N'es-tu pas sous la voûte du ciel? Peux-tu appeler prison Fondroit où tu es?

BusTos. — Je le reconnais; et ce qui est plus doux encore, c'est d'être l'objet de ton affection. Mais je songe à mes fils.

ARLAJA. — Bientôt tu en auras un de moi, car, tout en étant qui je suis, je t'ai abandonné mon honneur avec confiance. Je suis jalouse de le voir si préoccupé de tes fils.

BUSTOS. — Ils sont si dignes de mon affection, comme tu le verras loi-méme, si, comme je l'espôre, quelqu'un d'eux vient à Cordoue! L'enfant que j'aurai de toi n'existe point encore, et jusqu'à ce qu'il ait été mis au monde, Arlaja, il n'oblige pas mon amour.

(Entre Galve.)

GALVE. — Le roi mon seigneur, considérant que la no-

blesse et la vertu effacent toutes les distances, t'invite à dtner avec lui.

BUSTOS. — Celle qui brille en lui peut illustrer ma bassesse; mais le roi avec un captif! vois si tu ne t*es pas trompé t

OALVB. — Je répète que c est à toi qu'il m'envoie.

BUSTOS. — Il me fait une grande faveur. Adieu, Arlaja.

ARLAJA. — J*ai ridée qu'il te mettra aujourd'hui en liberté. ^

BUSTOS. — Que le ciel ait compassion de la peine que j'endure.

(SortBostos.)

ARLAJA. — Je crois, Galve, que le Chrétien a quelque pressentiment de son infortune.

OALVE. — Que lui as-tu dit?

ARLAJA . — Je ne lui ai parlé ni de son malheur ni de votre expédition.

6ALVE. — Tu as bien fait.

ARLAJA. — Je n'ai pas voulu lui porter une si douloureuse nouvelle, bien qu'elle m*eût été communiquée par le roi.

GALVE. — Il fallait voir, Arlaja, la manière dont Ruy Yelasquez, le traître, s'avança avec les Infants jusqu'à la Vega de Fabros. Aussitôt, Viara et moi, à la tête des meilleures troupes qu'eût le roi sur la frontière, nous sortîmes ensemble d'un bois de pins où nous étions embusqués, couvrant la terre d'une forêt de lances. Alors un vieillard, qui, dit*on, enseignait à ces infortunés jouvenceaux, les lettres et les armes, en qualité de gouverneur, se mit à crier à haute voix : Trahison I Mais il ne tourna pas le visage, et bientôt il vit ses cheveux blancs teints de sou sang et du nôtre. Après un grand combat, il furent cernes et seraient morts de faim, en nous couvrant d'infamie; mais, prenant pitié d'eux, nous leur donnions à manger. Qui n'est sensible à la misère? Alors Ruy Yelasquez, portant la main à sa barbe, jura qu'il informerait Almanzor de notre désobéissance, et qu'il en dirait le motif. Cela nous effraya. Nous étions vendus. Un More alors tira son épée et leur trancha la tête. Alors, un tout jeune homme,

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que Ton disait être le plus jeune de ceux de Lara, fondit sur l^More et lui donna un si furieux coup de poing, qu'il lui fit voler la cervelle et les dents. Il se signala tellement avant de mourir, par la vigueur de son bras, qu'on l'aurait comparé au plus fier lion de l'Albanie.

ARLAJA. — Le repas est fini.

GALVE. -— Est- il encore vivant ?

ARLAJA. — S'il a cruellement souftert, ne sois pas étonné^.

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