MUDARRA, ZAIDE
MUDARRA. — Tu coiinaîs ce pays, Zaïde?
ZAIDE. — Ou je me trompe, noble Mudarra, ou nous ne sommes pas loin de Burgos. La guerre m'a appris à le connaître, quelquefois pour mon malheur.
MUDARRA. — J'ai contemplé avec étonnement la Sierra orgueilleuse^ qui, couverte ici de neige, plus bas, d'un manteau verdoyant, sépare la Castille de l'Andalousie, la Croix rouge et le blanc Croissant.
ZAIDE. — Bien des fois, Mudarra, nos Mores ont franchi en armes ces montagnes, tressant les ornements de leurs coursiers, au prix des trésors catholiques. Ces arbres que lu vois pourraient en témoigner, ainsi que la terre, dont les pores ont bu le noble sang des Castillans, versé par Tépée belliqueuse des Mores.
MUDARRA. — Forte est la Castille.
ZAIDE. — Forte par son assiette, et plus encore par la vaillance de ses habitants.
(Entre Lope eu habit de chasse, suite.)
LOPE. — Déjà le soleil abaisse ses rayons vers l'Occident. Messieurs les chasseurs, il faut songer au retour. [Apercevant Mudarra et Zaïde,) Mais, hélas! c'est ma mort que je vois voler; mon coup d'œil m'a trompé. Je suis tombé dans une embuscade de Mores. Essayons de fuir.
MUDARRA. — Chrétien, ne songe ni à fuir, ni à te défendre. Je suis un messager du roi More de Cordoue.
LOPE. — Soyez le bienvenu. Cependant, c'est par lui que notre plus précieux trésor est demeuré gisant dans la plaine, victime de la trahison. Depuis le moment où point le jour, -jusqu'à ce qu'il colore l'Occident d'un mélange d'or et de pourpre, mon âme pleure un jour à jamais déplorable pour notre maison.