SCÈNE IV
Entre DONA CLàRA^ en costume de berger ^ un épieU à la main.
bOMA CLARA. — Aprcs solitudes du désert, où librement je poursuis les bêtes fauves, où me conduisez-vous, sinon où le veut mon étoile?
MUDARRA i — Quelle admirable beauté!
toPE. — Tout à fait admirable.
DOUA CLARA. — Doux murmurc des claires fontaines qui.
402 MUDARKA LE BATARD.
s'échappant de leur bassin de cristal, apaisent la chaleur insupportable en baignant la campagne de perles, modère les mouvements de ma pensée, qui s'égare en imaginations impossibles. Il n'est pas juste que celle qui n'a jamais aimé trouve près de vous un exemple d'amour, une exhortation à Terreur. Je suis libre, et ma mère m'a conté de son amour des histoires à arracher des larmes. Que me voulezvous, si je laisse dormir le souci, et si je fuis jusqu'à la pensée de l'amour ?
MUDARRA. — Telles sont les chrétiennes?
LOPE. — Il me semble que ta pensée s'accorde avec celle de cette dame, par l'intermédiaire du sang.
MUDARRA. Je veux lui parler.
LOPE. — N'approchez pas de ma dame.
DONA CLARA. — Quc signifie ?...
LOPE. — Rassure-toi. Ce More est le demi-frère de Goiizalo, ton père.
MUDARRA. — Après ccttc explication, je puis vous demander de me donner la main. Bustos, qui est mon père et votre aïeul, a mis entre nous un lien si naturel, que de vous demander vos bras ne serait pas une offense.
DONA CLARA, à Lopc, — Dit-il vrai?
LOPE. — Imagine que tu vois ton père. Jamais on ne vit ressemblance pareille.
DONA CLARA. — Je vcux bicu vous offrir mes bras comme à mon oncle, bien qu'un peu effrayée par votre costume moresque.
MUDARRA. — Je suis chrétien; en Dieu seul j'espère, et bientôt vous me verrez renoncer au turban arabe et au gaban africain. Je suis chrétien et frère de votre père.
LOPE. — En Castille, seigneur, on tient que c'est « le cheval qui porte la selle. » La qualité de votre mère n'est pas un désavantage. Embrasse-le, dona Clara; car Mudarra est destiné à faire une huitième merveille, qui ne sera pas la moins extraordinaire de toutes.
MUDARRA. — Je viens seul de Cordoue en Castille pour l'effroi de Léon et de Navarre, et pour déposer à vos pieds, sans beaucoup tarder, la tête de Ruy Velasquez.
DONA CLARA. — Ah ! Mudarra, si tu voyais mon aïeul I
JOURNÉE Iir, SCÈNE V. 463
les peines, les douleurs, les angoisses que lui envoie le ciel irrité, par la cruauté farouche des deux traîtres! Mais ta présence sera un soulagement à tant de maux, et si la mienne peut y ajouter quelque chose, j'irai avec toi à Burgos.
MUDARHA, fléchissant le genou, — Que je baise mille fois les pieds.
DONA CLARA. — Tu moutres qui tu es.
LOPE. — En vous voyant si animée, il me vient a la pensée que l'amour rapproche le sang et prépare un mariage.
MUDARRA. — Du milieu de sombres nuages s'est élancé mon soleil.
zAïDE. — Il me semble que tu es assez content de la nièce...
MUDARRA. — Elle est charmante.
LOPE. — Comment trouvez-vous le More?
DONA CLARA. — C'cst un ouclc aimable et d'un métal plus tin, plus précieux que l'or.
(Us soL'teiiU)