SCÈNE VII
Salon dans la maison de Busto.
ESTELLE, MAtHÎLDÉ.
ÈsïÉLLÉi ^ Que dis-tu là^ Mathilde?
MA+HiLflB; "*• C'était lé roij Madame.
(Ëiitre dbn Arias.)
DON Arias. — Oui, c'était lui] est-il étonnant que les ïioii se laissent guider par une étoile? Il venait en ces lieux qUi recèlent tant de charmes; car, s'il est roi de Castillê, vous êtes reine de la beôuté. Le roi don Sanche que sa bravoure invincible a fait surnommer le Brave, aperçut cette beauté divine à Un balcon, rival des palais de l'Aurore^ lorsque^ parmi les roses et les lis, le chant matinal des oiseaux l'éveillé encore endormie, et que, pleurant son repos, elle verse des grappes de perles. Il m'a ordonné de t' offrir les richesses de la Castillê, bien que, pour tant de gradés, ce soit peu que ces richesses. Sois favorable à ses vœux» Si tù les écoutes, si tu les couronnesj tu seras le soleil de SévlUe,
4 . Le lecteur n'a pas besoin qu'on relève l'anachronisme. D'après un passage ci-après , il semble que les carrosses fussent nouveaux en Espagne, même à Tëpoquë de la composition de Itl pièce. £il Ifratice, le dno d'Êpernon.fut le premier qui alla au LouTtè en oarrosgé, th. 4607;
JOURNEE I, ScéNB VII. 81
toi qui en as été jusqu'ici TÉtoile. Il te donnera villes et châteaux qui grandiront ta faipille; il te donnera pour époux un de ses riches hon^mes, dont Talliance couronnera la gloire de tes aïeux, et ajoutera un lustre nouveau au blason des Tabera. — Que réponds-tu?
ESTELLE. — Ce que je réponds? Regarde. (Slk lui tourne le des), A ton impudent message, je n'ai de réponse que le mépris.
(Elle sort.)
DON ARIAS. — Généreux couple, ma foi î La sœur vaut ; le frère, et mon admiration dure encore... La grandeur! romaine revit en eux dans Séville. Il semble impossible ^ (jue le roi puisse en venir à bout; mais, pouvoir et persévérance brisent les rochers, tranchent les montagnes. Si je parlais à cette suivante?... Les présents sont la porte qui mène à la conquête des Lucrèces et des Porcies.
DON ABUS, à Mathilde, -r Tu appartiens à cette maison.
MATHiLDE. — J'y apparlioqs, m^iis ps^r force.
DON ARIAS. T^ Gomment, par force ?
MATHILDE. -^ Je suis esclave.
DON ARIAS. — Esclave ?
MATHILDE. — Et exposéc à la mort, à \^ prison perpétuelle, si je n'obtiens ma liberté.
DOK ARIAS. — Je ferai que le roi te délivre, qu'il t'accorde mille ducats de rente et la liberté, si tu veux t'employer. pour lui.
MATHILDE. — Au pHx dc Tor et de la liberté, il n'est pas de méfait que je ne puisse entreprendre. Que f^iiMl faire ? Parle : je m'y emploierai de mon mieux.
DON AJIU6. — Il s'agit de fournir au roi le moyen de pénétrer celte nuit dans la maison.
MATHiLDB. t^ Toutes les portes en seront ouvertes, à condition que tu remplisses ta promesse.
DON ARIAS. — r Un roscrit du roi, signé de sa main, te sera remis avant son entrée.
MATHILDE. — Àlors, je suis prête à le mettre dans le lit d'Estelle cette nuit.
DON ARIAS. — A quelle heure se couche Tabera ?
22 L'ÉTQILE DE SÉVILLE.
V MATHiLDE. — Il rentre à Taube, et court d'ordinaire toute
la nuit. Ce genre de vie se paye quelquefois cher. "^ DON ARIAS. — A quelle heure penses-tu que doive se
présenter le roi ?
'>' MATHILDE. — Qull vleune à onze heures : Estelle sera déjà couchée.
DON ARIAS. — Prends cette émeraude comme gage des faveurs qui t'attendent.