‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 38 sur 226 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Salle dans la maison de Busto.

LE ROI, MATHILDE e| puit BUSTO.

MATHILDE. — G'ost lui, je crois, c'est ipon maître qui . \ appelle. Je suis perdue I

LE ROI. — Tu disais qu'il ne rentrait qu'au point du jour.

MATHILDE. — Mou malheuT le veut ainsi.

(Entre Busto. — Le roi s'embosse dans son manteau.] "

\. £n Espagne, le vestibule du rez-de-chaussée, donnaat accès sur un Urge escalier, est ordinairement éclairé par une lampe en cuiyre saspendue aa plafond.

BUSTO. — Mathilde?...

r MATHILDE. — Ah! cîéll Je m'enfuis. LE ROI, à voix basse. — Ne crains rien.

(Mathilde s'enfuît.)

BUSTO. Qui va là?

^' LE ROI. — Un homme.

BUSTO. — Un homme à cette heure, chez moil Son nom ! LE ROI. — Arrière!

^ BUSTO. — Vous n'êtes guère poli. — Si cet homme veut passer, il passera par la pointe de cette épée. Encore que cette maison soit sainte, je prétends la profaner. ^ LE ROI. — Éloignez votre épée.

BUSTO. — Mon épée! l'écarter... quand l'appartement de ma sœur est insulté de la sorte! Dites votre nom, ou vous êtes mort.

LE ROI. — Je suis un personnage de conséquence. Laissez-moi.

BUSTO. — Je suis chez moi. C'est à moi de commander

LE ROI. — Laissez-moi passer, vous dis-je? Je suis gentilhomme. Je me suis introduit chez vous, il est vrai; mais, loin de vouloir porter atteinte à votre honneur, je prétends l'accroître.

BUSTO. — La façon en est singulière. LE ROI. — Gela me regarde.

^ BUSTO. — Non, plutôt avec cette épée. Vous parlez d'honneur, pourquoi alors ce manteau relevé jusqu'aux yeux? C'est pour mon honneur que vous vous cachez? Pour mon honneur que vous dissimulez votre visage? Votre embarras trahit la vérité. Qui veut honorer quelqu'un ne médite pas contre lui un affront. — L'épée à la main, vive Dieu! ou je vous tue!

LE ROI, à part. — Le niais! me pousser à bout! ^" BUSTO. — Je vous tue ici même! ou vous me tuerez. ^ V LE ROI. — Arrêtez... Je suis le roi.

BUSTO. — Mensonge! Le roi, vouloir ma honte! Seul

V ici, sans suite! Impossible. — Vous insultez, maraud, Sa

Majesté, en lui imputant une pensée qui serait le dernier

des opprobres. Le roi, porter l'outrage à son vassal ! Ma

fureur augmente.. . Tu mourras. J'oublie mon affront de- i ' vant celui que tu fais à la majesté royale. Ignores-tu le i châtiment qu'imposent les lois divines et humaines à quiconque imagine ou soupçonne des actions indignes d'un roi?

LE ROI, à part, — Quelle étrange obstination î {Haut,) Je suis le roi, je le répète. " "^

BusTO. — Je n'en crois rien! Ici le nom de roi est en | contradiction avec les actes. Le roi est la source de Thon- '■ neur, et c'est mon déshonneur que tu cherches. *

LE ROI, à part, — J'ai affaire à un maladroit sans cour- '^ loisie. A quoi me résoudre?

BusTO, à part, — L'homme au manteau est le roi, je n'en • puis douter. Je vais le laisser passer, et m'assurer vile s'il ^^ m'a fait outrage. La colère, la fureur se disputent mon âme. L'honneur serait donc comme une pension, une rente, soumis aux caprices du pouvoir. (Haut), Passez donc, qui que vous soyez; et une autre fois respectez davantage le roi! Surtout, drôle, ne dites pas que vous êtes le roi, quand ^ vous aurez à rougir de vos actes. Toutefois, le vassal est tenu de respecter la royauté, même dans le nom.

LE ROI. — C'en est trop! J'étouffe de honte et de colère. — Imbécile! tu me laisses aller, dis-tu, parce que je me donne pour le roi? Eh bien, apprends, puisque j'ai dit que "^ je l'étais, que je ne veux sortir que de cette manière. (// • tire son épée.) Si j'obtiens ma liberté pour avoir pris le nom ^ du roi, si tu en respectes le nom, je veux justifier cq respect, et me montrer roi par mes œuvres. Meurs, traître! Le titre de roi anime mon courage. C'est par lui que tu vas périr!

BUSTO. — Je ne reconnais d'autre souverain que monj honneur.

(Ils se battent. — Au hruît des épée8, des valets accourent avec * des flambeaux, suivis de Mathiide.)

LES VALETS. — Qucl cst cc bruit?

LE ROI. — Fuyons avant d'être reconnu. Le traître m'a ' '> offensé, mais qu'il redoute ma vengeance. V

UN VALET. — L'auteur de ton affront s'est enfui. BUSTO. — Courez; châtiez-le I — Non, restez; il faut faire

«8 L'ETOILE DE 8EVILLE,

uti pont d'or ^ Tennemi. Donnez un flambeau à Mathilde , et vous, qu'on se relire.

(Les valetf obéissent, après avoir remis le flambeau.)

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