SCÈNE VII
CLARINDO, DON SANCHÇ?
CLÀRiNDO. — Il me tardait de vous rencontrer ayant de ' si bonnes nouvelles h vous apprendre. Donnez-moi, seigneur, mes étrennes, quand vos vœux les plus chers sont couronnés.
DON sàngh£ — Tu es de bonne humeur aujourd'hui !
CLARINDO. — Comment? Le cœur ne vous dit rien.
(Il lai remet un biUet.) ^
DON SANcnfi — De qui vient ce papier?
cuRiNDO. — D'Estelle, que j'ai vue plus belle et plus
brillante que le soleil. Elle m'a chargé de vous remettre ce billet, et de vous demander mes étrennes.
DON SANCUC> — A propos de quoi ?
CL\RiND0. — De votre mariage qui va avoir lieu dans un moment.
DON sANcniU — Que dis-tu ? J'en mourrai de joie. Estelle sera ma femme ! L'astre charmant qui annonce Taurore va m'appartenir! — Rayons dorés du soleil, ne recelez que de la joie dans vos abîmes de lumière. (Lisant,) « Cher époux, il est venu le jour si désiré. Mon frère va t0 « chercher pour me donner, à moi la vie, à toi la récom- ^ « pense. Les moments sont précieux. Ne tarde pas à le « rejoindre^ empresse-toi de saisir l'occasion. Ton Estelle. » Y 0 miracle de beauté ! Quel bonheur sera le mien avec une V telle Étoile. — Préviens mon majordome de l'heureux lien que je vais contracter. Qu'il dispose è l'instant les livrées de ^ famille qui sont en réserve pour ces occasions. Je veux que mes pages ceignent leur tête de belles couronnes de plumes ; et toi, prends pour étrenne cette hyacinthe. Je te donnerais aussi bien le soleil, dût le soleil être la pierre de l'anneau,
CLARiNDO, — Vivez, Seigneur, plus longtemps que les rochers, enlacé comme le lierre à votre jeune épouse, et, pour dire davantage, puissiez-vous vivre et durer plus longtemps qu'un sot.
(11 sort.)
DON SANCHJÉ). — AUous à la recherche de Busto. Je meurs partagé entre la crainte etj'espérance. Dans mon anxiété, j'oubliais le roi. C'est mal. Ouvrons ce papier, et "^ sachons qui doit périr. (Lisant,) « L'homme à qui vous « devez donner la mort, s'appelle, don Sanche; — Busto « Tabera. » Grand Dieu! Et j'ai pu consentir! (Amèrement après une pause,) — Toute cette vie n'est qu'un jeu ■ embrouillé, où les atouts sont mêlés aux basses cartes, • une succession de bonheurs et de disgrâces. Je gagnais d'abord ; puis le jeu s'est arrangé de manière à me donner la mort. — Ai-je bien lu ?... Ah î je n'aurais pu épeler ce nom fatal, s'il n'eût été tracé sur le papier ! Voyons encore: « L'homme à qui vous devez donner la mort s'appelle,
« don Sanchét **-* Busto Tabera. » Je suis perdu i Que faire ! J'ai donné ma parole au roi. . . et il me faut renoncer à la sœur... Sancho Ortiz, cela ne peut être; Busto vivra.-
— Mais faut-il que les désirs l'emportent sur l'honneur?-' meure donc Busto; qu'il meure! — Arrête, main cruell(\ i et laisse, ah ! laisse vivre Busto ! ^
Mais je suis infidèle à Thonneur, si jVcoulemon amour*. Hélas I qui peut résister h sa tyrannie ? Mieux vaut mourir ou m'éloigner, de manière à continuer au roi mes services. Sauvons la vie à Busto. — Non, je veux obéir au roi : « L'homme à qui vous devez donner la mort s'appelle « Busto Tabera. »
Si c'était par amour pour Estelle que le roi le fît tuer... ' Oui, c'est par amour pour Estelle. Eh bien I sa sœur ne le fera pas mourir. Je veux affronter le roi et le défendre.
— Non, je suis chevalier, et ce n'est pas ce qui me plaît que je dois faire, c'est ce que je dois. Or, quel est ici mou devoir? D'obéir à mon premier engagement i Mais, il n'est pas de loi qui m'impose cette obligation. Si, cette loi existe. Le roi fût-il injuste, il n'a de compte à rendre qu'à I)iou *. îî'écoutons plus mon fol amour : quoi qu'il m'en coûte, mon devoir m'ordonne de soutenir la cause du roi'.