‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 43 sur 226 · SCÈNE YIII · texte numérisé non relu

SCÈNE YIII

Une rue, BUSTO, DON SANGHB

BTJSTO. — Heureux de vous avoir rencontré, beau-frère.

DON SANCH©, à part, — Quelle affreuse disgrâce! Il me cherche pour me donner la vie, et moi pour le tuer!

BUSTO. — Frère, voici venu le jour de votre hymen tant désiré.

h. Nous avons précisément ici la situation de Rodrigue dans le Cid, Lope, dans son exil volontaire à Valence , se lia très intimement avec Onilhem de Castro, et put connaître, par conséquent, la Jeunesse du Cid, qui a servi de modèle à Corneille.

1 Voilà bien la théorie de la royauté introduite en Espagne par la maison d'Autriche, et personnifiée dans Philippe II. On sait ce que cette théorie a fait de l'Espagne.

3. Motceaa lyrique écrit en strophes de dix vers appelées décimas.

DON SANCHe, à part. — Dis plutôt le jour qui met le comble à ma misère. Dieu de bonté, qui se vit jamais en extré- A [ mité si cruelle? Ici môme, je suis contraint de tuer Thomme V^ que j'ai le plus chéri... Se résignera perdre sa sœur... Ah f

tout est fini pour moi!...

v' BusTO. — Vous êtes déjà par contrat marié à donaEstrella. DON SANCH0. — J*ai dû me marier avec elle. Je la refuse, et retire ma parole aujourd'hui.

BusTO. — Ai-je bien entendu? C'est à moi que s'adressent ces paroles?...

DON SANCHfii — A vous, Busto Tabcra, à vous-même. BUSTO. — Si vous savez que je m'appelle Tabera, comment osez-vous me parler ainsi ?

DON SANCHfii — C'est bien parce que je vous connais que je tiens ce langage.

BUSTO. — Vous connaissez alors un homme qui réunit en I lui sang, valeur et noblesse, et qui tire son principal ■ honneur de la vertu, sans laquelle il n'est point d'honneur. — Sancho Ortiz, craignez mon courroux. ^ DON SANCUÉ>. — Craignez plutôt le mien. BUSTO. — Le vôtre? d'où peut-il naître? ^ DON SANCH©. — D'avoir à vous parler.

BUSTO. — Si à mon honneur, à ma loyauté, vous trouvez quelque chose à redire, vous mentez comme un infâme, et je vais vous le prouver.

V \ (Il tire son épée.)

- \ "^ DON SANCHÊ Vépée à la main, — Que parles-tu de prouver, traître? (A pai^t.) Pardonne-moi, amour; l'offense faite au roi me bouleverse, et je ne puis me contenir.

(Ils se battent.)

^ V BUSTO. — Arrête 1 je suis mort.

(Il tombe.)

DON SANCH0. — Ah! je n'avais plus ma tête! Je l'ai ' y frappé sans le savoir. Maintenant, ô mon frère, j'ai repris ^ / mes sens, tue-moi, c'est ce que je demande. Que ton épée

se plonge dans ma poitrine. Livre passage à mon âme. • «' BUSTO. — Frère, je vous laisse Estelle. Protégez-la.

Adieu.

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