‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 47 sur 226 · LE ROI, LES DEUX ALCADES, DON ARIAS · texte numérisé non relu

LE ROI, LES DEUX ALCADES, DON ARIAS

DON PEDRO. — Il reconnaît l'avoir tué, mais il se tait sur v ^ le motif.

LE ROI. — Il ne donne aucune raison? ""

DON FARFAN. — Il se bome à répondre : « Je ne sais. 9 DON PEDRO. — Quel étrange mystère!

LE ROI. — Parle-t-il d'avoir été provoqué? DON PEDRO. — En aucune manière.

DON ARIAS. — Quel imbroglio bizarre!

DON PEDRO. — Il avoue lui avoir donné la mort ; il ignore ^ s'il la méritait. Il se borne à reconnaître quil Ta tué, ^ parce qu'il avait donné sa parole de le faire. DON ARIAS. — Il doit y avoir eu provocation. DON PEDRO. — Il le nie.

LE ROI. — Retournez, et lui dites que je l'invite à présenter sa justification. Assurez-le de mon affection; mais qu'il ne m'oblige pas à recourir à la rigueur du châtiment. Qu'il déclare à quelle occasion il a donné la mort à Busto Tabera, et qu'il en explique sommairement le motif, plutôt que de s'exposer à mourir comme un niais. Qu'il dise si c'est par l'ordre ou en considération de quelqu'un ; à quelle impulsion il a obéi. Je suis prêt à accueillir sa jusfficalion, sinon, qu'il se prépare à la mort.

DON PEDRO. — Il ne demande pas mieux. Il meurt de regret. Un acte si odieux, si dur, si farouche, le met hors cle lui-même.

LE ROI. — Il ne se plaint de personne?

DON PEDRO. — Non, sire, il est tout entier à sa douleur

LE ROI. — Remarquable et rare énergie!

DON FARFAN. — Il n'inculpe personne, et n'accuse que lui-même.

LE ROI, à don Arias. — Jamais on n'aura vu au monde deux hommes pareils. Plus je songe à leur valeur, plus j'ai de regret. Dites-lui encore une fois qu'il déclare à i quelle impulsion il a obéi. Qu'il s'explique et me charge moi-même, s'il le faut. S'il ne parle à l'instant même, demain, sur un échafaud, il servira d'exemple à Séville.

DON ARIAS. — J'obéirai.

(Les alcades sortent arec don Arias.)

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