INTRODUCTION. III
sonnage qui, on ne sait pas davantage à quel titre, en enleva ce qu'il put et l'emporta en Amérique. Il avait pour tuteur son oncle l'inquisiteur don Miguel del Carpio. A peine âgé de quinze ans, il donna la preuve de cette prédominance de l'imagination qui caractérise les hommes de sa race, en quittant la maison paternelle pour entreprendre le tour du monde, en compagnie d'un de ses camarades d'Université, qui s'appelait Hernando Munoz. Les fugitifs se dirigèrent par Ségovie, poussèrent jusqu'à Astorga; mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que le monde était bien grand, leurs ressources petites, et, après quelques aventures qui auraient pu devenir désagréables, ils se hâtèrent de revenir à Madrid.
Un peu plus pauvre qu'auparavant, Lope n'eut d'autre ressource pour vivre que de s'engager comme simple soldat dans les armées de Philippe IL II se mit en route pour le Portugal, alors occupé par les troupes espagnoles, et prit part en 1 577 à une expédition contre Terceire. Mais cet essai de vie militaire ne lui plut sans doute que fort peu, car il quitta le service au bout d'un an, ayant eu le bonheur d'intéresser à son sort don Geroiiimo Manrique de Lara, évoque d'Avila, et douzième inquisiteur général. Toute sa vie, Lope conserva pour ce prélat une profonde reconnaissance, qu'il a voulu consacrer dans la préface de sa Jérusalem^ où il lui attribue le mérite de l'avoir fait ce qu'il est devenu, en lui permettant de reprendre dans sa maison et de compléter ses études, a Je fus élevé, ditil, au service de l'illustre seigneur don Geronimo de Lara, évêque d'Avila; et ce nom héroïque de Lara ne me revient jamais à la pensée, qae je ne lui attribue irrésistiblement mes études et mes débuts dans les lettres. )> Il le quitta sans qu'on sache pourquoi, vers la fin de Tannée 1578.
Jeté dans le monde sans guide et sans appui, Lope connut les désordres, même les égarements de la jeunesse, et commença par être la victime de ces passions qu'il devait peindre un jour d'une façon si dramatique. C'est probablement la meilleure manière d'expliquer comment il renonça au service du bon évêque. « L'amour, cet amour qui ment à toutes ses promesses, me dit alors que j'eusse à le suivre; hélas! je sais, à l'âge oii je suis maintenant, quels progrès je fis dans ce tempslà. » {Même Epitre,) Et ailleurs : « Élevé par don Geronimo Manrique, — au moment où j'allais devenir prêtre, je devins amoureux. Les yeux d'une femme m'aveuglèrent.» Deux femmes,