‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 6 sur 226 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

qu'il désigne sous le nom de Marfise et de Dorothée, paraissent en effet, la dernière surtout, avoir exercé sur sa vie la plus redoutable influence. Il fallait que cette influence eût été bien forte pour que, huit ans après, Lope, parlant de Dorothée, la caractérisât par ces mots significatifs : « Celle que je ne puis nommer sans me sentir aussitôt inondé d'une sueur de glace et de sang. » Lope paraît avoir raconté l'histoire orageuse de cette partie de sa vie dans le roman dramatique d^ Dorothée^ ouvrage de sa jeunesse, dont il a fait, dans sa prédilection, un des chefs-d'œuvre de la prose espagnole.

Après sa rupture définitive avec la trop séduisante Dorothée, Lope, âgé de vingt-deux ans, entra en qualité de secrétaire au service du duc d'Albe, don Antonio de Tolède, petit-fils du célèbre gouverneur des Pays-Bas. Ce fut à la prière de ce seigneur, et dans le but de lui plaire, que Lope composa, à l'imitation de Sannazar et de Georges de Montemayor, un roman pastoral en prose, entremêlé de vers, qu'il intitula YArcctdia. Ce roman est fondé en grande partie sur l'histoire véritable des aventures amoureuses du duc Antonio. La galanterie espagnole avait adopté pour célébrer ses amours le genre pastoral, qui était à la fois un ornement et un voile. Dans l'Arcadia, Lope se désigne lui-même sous le nom de Belardo; Belardo devint dès lors son surnom poétique, et, dans beaucoup de pièces composées depuis en son honneur, il est ainsi désigné.

Lope resta plusieurs années au service du duc d'Albe ; il y était encore en 4584, époque de son mariage avec dona Isabelle de Urbina, personne d'une rare distinction, fille d'un héraut ou roi d'armes de Philippe IL Montalvan, qui l'avait connue, dit qu'elle était belle sans artifice, instruite sans pédanterie, et vertueuse sans affectation. A peine avait-il commencé à goûter les charmes de cette nouvelle existence, qu'elle lui fut tout à coup enlevée. Lope fut arrêté, jeté en prison et menacé d'un procès capital. La cause de cet événement est demeurée obscure. Elle paraît tenir à la vie de désordre que Lope mena pendant quelque temps, à un duel dans lequel il eut le malheur de tuer son adversaire, qui se trouva être un personnage de distinction. Teôdora, la mère de Dorothée, semble aussi n'y avoir pas été tout à fait étrangère. Grâce à de puissants appuis, la peine fut commuée en une sentence qui l'exilait indéfiniment de Madrid. Lope se retira à Valence, où, se trouvant dans les États de la couronne d'Aragon, il ne pouvait être pour-

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