SCÈNE IV
DON SANCHE, CLARINDO.
CLARiNDO. — Vous résigner à tant d'injustice? Est-ce possible^?
DON SANcaft — J'accepte le châtiment des hommes et la punition du ciel. Déjà, Clarindo, elle commence. N'entends-tu pas un bruit sourd retentir dans les airs, accompagné d'éclairs et de tonnerre? Sur moi s'abaisse un trait de feu qui m'entortille comme un serpent.
cuRiNDO. — Vous avez perdu la tête. (A part,) Entrons dans son idée.
DON sANCHft — Je brûle.
CLARINDO. — Je grille.
BON SANCH©— L'éclair t'a donc aussi frappé?
CLARINDO. — Voyez; me voilà réduit en cendres.
DON sANCHtf: — Ah ! mon Dieu!...
CLARINDO. — Oui, monsieur, en cendres comme un fagot de sarments. " .
DON SANCHÊI — Nous voilà maintenant dans l'autre vie.
CLARINDO. — Oui, et, je crois, en enfer.
DON sANCHp. — En enfer? A quoi le juges-tu?
CURINDO. — Parce que je vois, monsieur, dans ce château plus de mille tailleurs en train de mentir *.
DON SANCHlîL — Tu dis vrai : nous y sommes. Je vois \ l'Orgueil brûler dans les flammes de cette tour formée * d'arrogants et de superbes. Je vois l'Ambition noyée dans \ un abîme de feu.
CURINDO. — Et un peu plus loin une légion de cochers*.
DON SANCH<îi — Si par ici roulent des carrosses, l'enfer sera bientôt démoli. — Mais, si nous sommes vraiment en enfer, comment n'y vois-je pas quelques greffiers?
4. Lope met sonvent dans la bonche du gracioso la critique des sentiments qu'il prête à ses personnages. C'est le rôle du cliœur antique.
2. Cette médiocre plaisanterie était h la mode. On la trouve sans cesse répétée dans les Visisns de Quevedo, ainsi que la satire des greffiers, des hôteliers, etc.