Voir ci-dessus, p
CLARiNDO. — On les refuse à la porte, pour qu'ils n'y fassent pas pousser les procès.
DON sANCue. — Puisqu'on ne connaît pas les procès en enfer, l'enfer a été calomnié.
CLARINDO. — Voici là-bas un tyran qui s'appelle THoa— neur, entouré d'une foule de sots, victimes de sentiments outrés.
DON sANcnO. — Je veux me réunir à eux. — Honneur, un niais d'honneur se présente pour être des vôtres, ayant toujours été fidèle à vos lois. — Vous avez grand tort, car aujourd'hui le véritable honneur consiste à n'en plus avoir. Vous venez me chercher par ici, quand il y a des siècles , que je suis mort. Procurez-vous de l'argent, mon cher; ' l'argent remplace l'honneur aujourd'hui. Quel est votre \ cas? — J'ai voulu tenir ma parole. — Vous me semblez j naïf. Tenir sa parole! Vous voulez rire. Mentir h sa parole, ; à la bonne heure : c'est le bel air dans ce temps-ci. ^ ' DfiDT TMiHîir. — J'avais promis de tuer un homme, hélas ! ! et je l'ai tué! C'était mon meilleur ami. — Mauvais. ' CLARINDO. — Du moins, pas très-bon. .
DON sANcniu — Détestable, en effet. — Qu'on le jette au fond d'un cachot, et qu'il soit condamné pour sa sottise.
CLARINDO, à part. — Dieu me pardonne! si je le laisse continuer, il va perdre le jugement. Imaginons quelque moyen.
(Il se met à crier.)
DON sANcnf?. — Des cris! Qui est-ce qui crie?
CLARINDO. — C'est la voix du chien Cerbère, portier de ce palais. — Vous ne me connaissez pas?
DON sANCHô. — Je crois que si.
CLARINDO. — Et vous? qui êtes-vous?
DON sanchB>. — Un raffiné d'honneur.
CLARINDO. — Partez vite. Nous n'avons que faire ici des gens d'honneur. Qu'on le prenne et qu'on remporte dans l'autre monde, à la prison de Séville, et plus vite que le vent. — Mais comment? — Les yeux bandés, pour qu'il n'ait pas peur dans le trajet. — Voilà qui est fait. (Il bande les yeux à don Sancho] Que le diable boiteux le charge sur ses épaules, et le transporte là-bas d'un saut. — D'un
ESTELLE. — Vous êtes rendu à la liberté. Allez avec Dieu, Sancho Ortiz, et n'oubliez pas la clémence et la pitié dont
4. Ne pas confondre oe titre avec celui à^ alcade. Valcaïde (c^estParabe ai kaid) indique une dignité différente et très-supérieure.
saut? ça me va. (Clarindo s^ empare de don Sanch$i) — Pars, et emmène avec lui son compagnon par la main. (// fait une pirouette et le dépose.) Vous voilà sur la terre, mon cher. Demeurez avec Dieu.
DON SANCHO. — Le diable a parlé de Dieu?
CLARINDO. — Oui, monsieur. Ce démon, avant d'entrer en fonctions, était chrétien et baptisé. C'est un Galicien de la rue des Francs,
DON sanchC? — Il me semble sortir d'une extase. — Que Dieu me soit en aideî Ah! Estelle, que ma destinée est triste sans toi! Mais j'ai consenti à te perdre : je mérite mon châtiment.
(Encre l'alcaïde i suivi d'Estelle voilée.) "^
ESTELLE. — Qu'on mc remette à l'instant le prisonnier.
l'alcaïde. — Le voici, madame; et, selon les ordres du roi, je le remets entre vos mains. — Seigneur Sancho Ortiz, la volonté de Sa Majesté est que vous soyez remis aux mains de madame.
ESTELLE. — Suivez-moi, seigneur.
DON sanchIS? — Je rends grâces à votre pitié, si c'est pour me faire mourir; la mort est mon unique espoir.
ESTELLE. — Votre main; venez.
CLARINDO, à part. — Serions-nous dans le royaume des •fées?
ESTELLE. — Que pcrsonnc ne suive.
clarindo. — Fort bien. [Sortent Estelle et don Sanchik) Vive Dieu! Voilà qui va bien! De Séville en enfer, et puis de Tenfer à Séville! Fasse Dieu que cette Estelle nous soit un guide favorable!
(Il sort.)