SCÈNE YII Entre LE GOl VERNELR du château
LE GOUYERNEDR. — Quc jc baise les pieds de Votre Majesté t
LE ROI. — Vous à mes pieds, Pedro de Caiis? Pour quel motif ?
LE GOUVERNEUR. — Cet auneau gravé à vos armes appartient-il à Voire Majesté ?
LE ROI. -»• Oui, cet anneau vous couvre et vous met en
sûreté contre toute espèce de délit.
"^ ^ LE GOUVERNEUR. — Couvcrlc d'uu voilc épais, une femme
s'est présentée à Triana, disant que Votre Majesté ordonnait
de lui remettre Sancho Ortiz. J'ai soumis cet ordre aux
gardiens, lesquels en voyant l'anneau ont tous été d'avis
de livrer le prisonnier. J'ai obéi. Un moment après, revient
Sancho Ortiz, demandant à grands cris qu'on lui rouvre
^ les portes du château. — Je ne veux pas souscrire au com-
' mandement du roi, s'écriait-il, comme en délire. Je veux
mourir. Le meurtrier de Tabera mérite la mort. Je lui
barrai le passage; mais il criait si haut qu'il fallut lui
ouvrir. — Il est là, résigné tranquillement à la mort.
LE ROI. — Je ne vis jamais peuple plus noble, plus chrétien, que celui de cette cité I Arrière, bronzes, marbres et statues !
LE GOUVERNEUR. — Cette dame nous a dit qu'elle l'avait mis en liberté, mais qu'il n'a pas voulu accepter, quand il a su qu'elle était la sœur de ce Busto Tabera, à qui il a donné la mort.
, LE ROI. — Voici qui me surprend encore davantage. Leur magnanimité offense la nature : l'une, avec toute rai- ' son pour se montrer cruelle, pardonne à son ennemi et le délivre; et lui, pour ne pas être inférieur à tant de générosité, revient s'offrir à la mort. Si leurs actions parviennent à la postérité, le burin qui en sera fait sera immortel. — Pedro de Caus, prenez un carrosse, et sans bruit, sans appareil, amenez au palais Sancho Ortiz dans le plus grand secret.
LE GOUVERNEUR. — J'obéis.