SCÈNE IX
LES MftMES, DON ARIAS, ESTELLE.
DOK ARIAS. — Dofla Estrella attend les ordres de Votre Majesté.
lE ROI. — Que faire, don Arias? Quel est ton conseil dans ces embarras inextricables ?
LE GOUVERNEUR. — Sire, je vous amène don Sanche.
DON SANCH0. — Très-redouté seigneur, pourquoi ne pas mettre par la mort un terme à mes disgrâces ? Quand verrai-je la fin de mon tourment? J'ai tué Busto Tabera; eh bien I que je meure : du sang pour du sang. Votre justice, seigneur, je l'appellerai miséricorde.
LE ROI. — Un moment. De qui avez-vous reçu Tordre de le tuer?
DE SANCHE. — D'un papier.
LE ROI. — Signé de qui?
DON sANCHg? — Si le papier pouvait parler, il le dirait, la
4* Ce langage, en apparence bizarre, appartient aux traditions e( aux formules du temps où est pris le sujet de la pièce. Il comiOète l'illosioQ et igoute à l'intérêt, Shakespenre a obtenu le mâme effet par le même moyen dans Henri VIII et dans Richard III,
chose est évidente; mais un papier déchiré s'explique nécessairement fort mal. Tout ce que je sais, c'est que j'ai donné la mort à l'horamc que j'aimais le plus au monde, parce que je l'avais promis. — Mais, voici EsteHe qui j attend à vos pieds ma mort, et qui, mÈme à ce prix, ne sera pas assez vengée'. <-f i^'^'* / ;
LE HOi, — Estelle, j'ai décidé votre mariage avec un grand de ma maison, jeune, beau, personnage de la plus ■" haute distinction en Caslille. En retour, nous vous demandons votre grâce et son pardon i il n'est pasjuste que vous refusiez.
ESTELLE. — Eh bient seigneur, si je suis mariée, que Sancho Orliz soit libre Yje renonce à ma vengeance.
DOH SANCuO — AinsNtu m'accordes Ion pardon parce que Sa Majesté te marie.
ESTELLE. — Oui, c'est pour"Cela que je te pardonne,
DON samchO — Et vous vous trouverez ainsi assez vengée?
ESTELLE. — Vengée et satisfaite. ■/
' DON sahchG — Eh bien ! pour que vos désirs s'accom- 1 plissent, j'accepte la vie, bien que j'eusse préféré la mort. /"^
LE HOI. — Allez avec Dieu. J^'l^
[| nON FARFAN, — Prenez garde, sire; cet accord est une ^^,,.' ^ offense pourSévilIe. Il faut qu'il meure. c'C"-
LE Hoi, èas à don Arias. — Que faire? Ces gens-iU m'în- i-.fl patientent et me déconcertent. P '. /•^X |..^,.
DON ARIAS. — Parlez. ~ . \' \ '; A
LB ROI. — Que Séville donc me fasse mourir, puisque j« suis la cause de celte mort. C'est moi qui en ai donaé l'ordre, et cela suffit pour sa décharge.
DON sanchR — Mon honneur n'attendait que cet aveu, \ Le roi m'avait ordonné de tuer. Je n'aurais jamais sans un f ordre du roi exécuté une action si barbare.
LE HOI. — Il dit la vérité. -ï^ "
FAHFAN. — Dès lors Séville est satisfaite. Si Votre Ma- '^f*" jeslé a donné un pareil ordre, elle avait sans doute ses 'J'-'motifs. (^'•-- '
1, 11 oablîfl OD pou trop qa'Eatelle a'set venue dans m pri«OD qu* V,,.^>
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LE ROI. — La noblesse de Séville me laisse dans Tadmi* ration.
DON SANCHC^ — Moi, je vais partir pour Texil, quand ^ Votre Majesté aura tenu une autre promesse qu'elle m'a faite.
LE ROI. — Je la tiendrai.
^ DON SlANChSI — Vous vous êtes engagé k me donner pour ^ femme la dtujie que je demanderais.
b LE ROI. — C'^èsTla vérité.
rDON SANCHO — Bh bien ! je vous demande dona Estrella, ' * et, prosterné à ses pi^ds, je requiers le pardon de mon ^ crime. \
kf ESTELLE. — Saucho Omz, je suis mariée. ^' DON SANCHfe — Mariée?^
fg^, ESTELLE. — Oui.
DON SANCHfe — Je suis mort.
Jj^' LE ROI. — Estelle, j'ai donné cette parole; je suis roi, et ^ je dois la tenir. Que répondez-vous?
'J^ ESTELLE. — Qu'il soît fait selon votre plaisir. Je suis à lui!
DON sanchA — Je suis à elle.
LE ROI. — Que manque-t-il donc?
3' DOîî SANCHii — L'union des âmes. ■" ESTELLE. — Et cette union, le mariage ne pourra jamais ' l'établir.
DON sanchCl — Je le sens bien ; c'est pourquoi je te ^ Tends ta parole.
[ ESTELLE. — Je te rends la tienne. Voir tous les jours, à
table, dans mon lit, le meurtrier démon frère... me ferait IropdemaP.
^ DON sANCHfi — Et pour moî quel chagrin de passer ma *
vie auprès de la sœur de celui que j'ai tué injustement, quand je l'aimais comme mon àme.
ESTELLE. — Ainsi, nous demeurons libres. DON SANCHÊl — Librcs.
ESTELLE. — Eh bien 1 adieu.
4 . On croirait cp trait empronté à Euripide , tant il est Bimplement le et naturel.
DON SANCH^ • — Adieu.
LE ROI. — Un moment...
ESTELLE. — Sire, l'homme qui a tué mon frère ne sera f jamais mon époux, et pourtant je l'aime et je l'adore .
(EUe s'éloigne en plears.)
"^ \ DON SANGHÉL — Et moi qui l'aime tant, je renonce à elle. > Cela est juste.
(Il sort.)
LE ROI. — Quelle grandeur!
DON ARIAS. — Quelle constance !
CLARiNDo. — Moi, j'appelle cela de la folie. LE ROI. — Je demeure étonné, stupéfait. DON PEDRO. — Voilà le caractère des gens de Séville. CLARINDO. — Vous avcz cutcndu la tragédie que Lope vous a consacrée. Jamais ne sera oubliée T'Étoile de Sé-
YILLE.
FIN DE LA TROISIEME ET DERNIERE JOURNEE
LE
EST LE ROI