DRAME HISTORIQUE
BUB
EST LE ROI
La pièce que l*on va lire mérite sa réputation. C'est astarément ua des meilleurs ouvrages de Lope de Yega, sous le rapport de la compo- ' siUoD et du style. Le génie de Lope s'y montre plus sobre, plus contenu qu'ailleurs, et on n'a point à noter ici ces écarts d'imagination qai mettent quelquefois le goût français à de si rudes épreuves. L'action bien conduite se déroule naturellement ; le ton est à peu près eonstamment naturel, et le poëte s'y met moins souvent qu'ailleurs à la place des personnages. La vérilé humaine y est partout observée. Il est difficile de n'être pas touché de l'amour naïf et profond de Sanclie pour Eivire, et de la constance ^des deux amants. Les caractères sont dewinés avec une vigueur que l'on s'attend à peine à retrouver dans un drame de Lope, tant on est accoutumé à entendre refUser à la scène iispagnole en général et à Lope en particulier l'art de peindre les carac'* tères. La justice inflexible, l'humanité, l'activité du roi Alphonse, nous ie font voir sur la scène tel que nous le montre l'histoire. Le courage, la fierté de Sanche, l'orgueil stupide et la violence de don Telle, la eoDstance d'Elvire, la faiblesse de Feliciana, la prudence timide du Tieoi Nuno, sont peints avec le même talent; il u'est pas jusqu'au rôlo de Pelage, le gracioso^ dans lequel on ne retrouve cet art de saisir la nature qui caractérise les grands auteurs dramatiques. Et pour produire ee relief, l'artiste n'a pas recours aux grands développements ; il B'a besoin que de quelques traitsi
On notera aussi plus d'une fois dans cette pièce des réflexions rapides sans doute, mais dont la portée surprend et montre que la scène espagnole, même sous Philippe III, se mêlait plus qu'on ne pense à la satire, et avait çà et là des hardiessfii discrètes, que Ton ne soupçonne pas communément. On lit si peu les textes.
Ici, d^ailleurs, comme dans VKtoiie de Séville, au drame se mêle un élément épique. S'il a moins de profondeur qu'une tragédie, le tableaa a plus d'étendue. Ce tableau est un et multiple : il présente une foule de points de vue. Lope peint l'homme, et il peint en même temps la société. Vous avez devant vous des personnages agités de passions diverses, et je ne sais par quel art particulier vous voyez surgir en même temps la société tout entière, et, qui plus est, le pays où se meut cette société, avec ses prairies et ses rivières, ses montagnes couvertes de neige dans le lointain. C'est vaste et grand comme la nature.
Il est superflu dUnsister sur la vérité saisissante de ce tableau des mœurs féodales du treizième siècle en Espagne ; observons seulement que dam m p^yi reicliivaga de la glèbe propretpent dit n'e^iflt^it pas. Qae deyaiei)! ê^v& alors dam lep autreii parties de l'Europe les rapport! réeiproque9 antre les seigneurs et les vilains?
J0 préfèr9 appeler l'attentiof) sur la peinture que te platt toi à tracer Lope de Vega de la vie des chaiiapi en Espagne ^ et de la clause des Mrado^ess que Pend mal notre inot de laboureurs, classe admirable par lei vertus, muy chriiHanu, copime on la caractérise syr les liau^i et qui n^a, je orois, d'analogue dans aucune auti'e partie de l'Europe, C'esUa classe qui, encore aujourd'hui, a conservé les principaux traits qui font la noblesse du caractère national. On l'encontreraif partout un don Telle, e'est«àrdire le grand leigneuP qui, de la oieillenre foi du monde, se croit élevé au*dessm du reste des hommes et de la loi, majs où trouver un Nufio d'Aybar et un Sancbe de las Roelas.^ un lalMiui^ur dont la maison est ornée de l'écusson de ses ai'mesi un chef de trou* peaux qui peut se vanter naturellement d'être (( chevalier pai' l^ ccpur, n Loyalement ils s'inclinent avec soumission devant l'autorité de loui' seigneur ; mais quand ce grand seigneur prétend violer )e droit 4e la nature, ils trouvent dans le sentiment de leur dignité la force de lui résister et de faire appel contre lui ^ la justice du roi. C'est le ip^f^te de cette pièce d*avoir peint avec la vigueur de pinceau particulière au génie espagnol « ce fonds d'égalité créé par l'histoire, qui existe en Espagne entre toutes les classes de la nation, et qui rend ce peuple si
SUR LE MpifcLKDB ALCADE B8T LB ROI. if Wrti«.nèrement original. De J» ,„«, ,. véritf du rtle d. Pél««> PekH^e e.t un gardien de pourceau.; i. e.t .u p.„. b.. degré dTJ Wcb.« ,o«ialp, maJUl e«UEa«nol ; il e.t dé. lo« un AenL.„., „I > W« que 1 on re,pecie, el qui. «.„, jamais d'in.olence, . « pUœ dan/ U ïie de famille, ,a pari dan» U converaation.
&;auende, p.» .uriout ici un genre tranché. Nou. f.von. dit I. <^edie de Lope admet toutes le, nuances, répond à tous le, «, ' Son .népui«a,.e imagination les avait cultivés à peu près tous L^ .m.a.. avec passion la nature, et a laissé une ^ri,>. 'po^m^lt^r c^»po.o en^.Honneur du duc d'AlKe, petit-n.s du céi gou^^^^ te Pays-Bas; .1 s'en est souvenu dans le drame qui nous occupe Z Memeur Acade est un drame, quelquefois terrible Dans la pZ.'éî^ loamee, U est une églogue , el le lieu de la scène, la qualité d^sl
«ar., des bergers réels, comme on en trouve dans les montagnes 1 fahce, sur les bords du Tage ou du Mondogo. Ici, la vérité des mœuri ^d.spara,tre la fadeur du genre, lequel n'est d'ordinaire si fade q„" parce qu'il repose sur des mœurs de convention '
Lope de Vega annonce lui-même que le sujet de cette pièce est hi« ^nque. On le trouve en elfet indiqué dans VHUtoire ^ZZX fanaoa, et raconté avec plus de détail, dan. VW„oire ZZ 1 CaUitle et de Léon, de Prud. Sandoval :
. L'empereur don Alfonse était tellement ami de la justice m,',n «re qu'il fat occupé de guerres sanglantes contre des en X""' «nu, et des affaires épineuses de l'administration de son roraume il «manquait pus au devoir de redresser les torts et de punir ies déL tate année (1 189 de l'ère espagnole, nsi de l'ère vuLiIp/ . .U éUit i. Tolède faisant les préparatifs nécesl^I^tiZeMa' ^rre d'Andalousie, et conquérir le royaume de îaèn un s 1 W de la Galice vint se'plaindre à lui des toru e vilnZ': Javait faits un cavalier infan^on son voisin, nommé don Ferr Upereur écrivit à ce seigneur pour qu'il eût à satisfaire cet hTm «1 s'abstenir désormais de violences a son égard ; en mt . IT j «donna au me„«o (juge supérieur) du royaume de connaître la cal
de faire justice, si le coupable n'exécutait pas ses ordres. Don Ferm ne fit aucun cas de la lettre du souverain, et le merino ne nul le ^.■aindre à obéir. Le laboureur revint alo„ se plaind™ de nou 1«
empereur qui irrité de cette in,olence, partit .ur-le-cham; ^ T^Sde pour la Gal.ce, sans prévenir personne, er sans se faire r^con
nattre sur la route. Arrivé ainsi, sans que don Fernand le sût, après s^étre assuré des faits, il fit envelopper sa maison, Fy arrêta, fit planter une potence à sa porte, ordonna quUl y fût pendu sur-le-champ, et rendit au laboureur ce qu^on lui avait enlevé. Ce fût une action di^e d^un aussi grand roi, et elle imprima dans tous les esprits un tel sentiment de crainte, que personne dans le royaume n'osait plus faire tort à un autre. »
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EST LE ROI'
PERSONNAGES
DON ALPHONSE VU, roi de Léon et
DON ENRIQUB DB LAHi^.
de Castille.