SANCHE, ELVIRE
ELVIRE. — Il m'a semblé que Sanche descendait de ce côté. Mes désirs m'auraient-ils trompée? Mais non, c'est lui,
4 . Morceau lyrique écrit en ducitnas, ou stances de dix vers.
JOURNEE I, SciNB lU 11
je le vois; mon cœur ne s'abusait pas. Il coulemple le ruisseau où il me vit hier. Peut-être cherche-l-il s'il est resté quelque imagede moi,carje m'éloignai fâchée quand je m'aperçus qu'il me regardait dans l'eau. (A Sanche,) Le ciel te garde, Sanche ! Que viens-tu donc chercher tous les jours près de ce clair ruisseau? Aurais-lu trouvé des coraux que j'ai perdus sur ses bords?
SANCHE. — Je voudrais me trouver moi-même : hier, ici je me perdis; mais, vivant en toi, en te voyant je me retrouve.
ELviRE. — Je croyais que tu venais m' aider à chercher mes coraux.
SANCHE. — Venir chercher ici les roses de tes joues... Veux-tu rire ou te moquer? Mes étrennesi les voilà trou* véesl
BLviRE. — Où donc?
SANCHË. — Sur ta boucbei oùjls servent k un onlourage de perles.
ELVIRE, le repoussant, — Pas si près I
SANCHB* — Toujours cruellci toujours insensible à ma foi!
ELVIRE. — C'est qu'aussi, Sanche, tu es trop hardi; que ferais-tu de plus si tu étais mon ûancé, et à la veille de m'épouser?
SANCHS. — A qui la faute, si je ne le suis pas?
ELVIRE. — A toi, ce me semble.
SANCHE. — A moi? Vraiment, non. Maintes fois je t'ai dit mou amour; mon cœur te parlait» tu n'as pas répondu.
ELVIRE. — Quelle réponse valait mon silence?
SANCHE. — C'est la faute à tous deux.
ELVIRE. — Sanche, tu as de l'esprit, mais tu ne sais pas que nous autres femmes, nous parlons en nous taisant, oous accordons en refusant. Que nous soyons tendres ou rebelles, il ne faut jamais rien juger sur l'apparence : avec nous, il faut toujours entendre au rebours.
SANCHE. — D'après cela, tu me permets de te demander iiNano? Tu te tais; c'est me dire oui. Il suffit : tu m'as niis au courant de la science.
ELViRE. — A la bonne heure; mais ne va pas dire h mon père que je le désire.
SANCHE. — Justement, le voici.
ELVIRE. — J'attends derrière cet orme le résultat de votre conversation.
SANCHE, — Ociell voudra-t-il nous unir? S'il refuse, j'en mourrai.
(Il se retire un peu à l'écart. ) (Entrent Nuûo et Pelage.)